{"id":15072,"date":"2026-06-09T18:26:06","date_gmt":"2026-06-09T15:26:06","guid":{"rendered":"https:\/\/landscapesfuture.org\/une-collaboration-inclusive-la-revitalisation-dun-systeme-de-zones-humides-colombien\/"},"modified":"2026-06-15T17:27:06","modified_gmt":"2026-06-15T14:27:06","slug":"une-collaboration-inclusive-la-revitalisation-dun-systeme-de-zones-humides-colombien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/une-collaboration-inclusive-la-revitalisation-dun-systeme-de-zones-humides-colombien\/","title":{"rendered":"Une collaboration inclusive : la revitalisation d&rsquo;un syst\u00e8me de zones humides colombien"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/2.-Flamingos-full-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14919\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/2.-Flamingos-full-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/2.-Flamingos-full-300x225.jpg 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/2.-Flamingos-full-768x576.jpg 768w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/2.-Flamingos-full.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-52ed00cd487a3b16026b603d721f7803\" style=\"color:#7d7b7b\"><strong>Par Natalia Cisneros, Peter Cronkleton et Dominique le Roux (CIFOR-ICRAF), Mario E. Rueda Hern\u00e1ndez, H\u00e9ctor M. Mart\u00ednez Viloria, Juan Felipe Lazarus, \u00c1ngela P. Barrero Hern\u00e1ndez et Anny P. Zamora Bornachera (INVEMAR), Marcela Galvis Hern\u00e1ndez et Mart\u00edn Gaona (HeCo)<\/strong><\/p>\n\n<p><br\/>Le projet \u00ab <a href=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/colombie\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/actions\/regions\/south-america-and-the-caribbean\/colombia\/\">Paisajes Sostenibles<\/a> \u00bb (Paysages durables) a \u00e9t\u00e9 mis en place pour relever les d\u00e9fis complexes en mati\u00e8re d\u2019environnement et de gouvernance auxquels est confront\u00e9e la Ci\u00e9naga Grande de Santa Marta (CGSM), le plus grand syst\u00e8me de zones humides c\u00f4ti\u00e8res de Colombie. Coordonn\u00e9 par la FAO et mis en \u0153uvre en collaboration avec l\u2019Institut colombien de recherche marine et c\u00f4ti\u00e8re (INVEMAR), le minist\u00e8re de l\u2019Environnement et du D\u00e9veloppement durable et le WWF, et financ\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne dans le cadre du programme Herencia Colombia dirig\u00e9 par l\u2019Agence nationale des parcs naturels de Colombie, ce projet a men\u00e9 des actions \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles et dans divers secteurs. La GIP a fourni un cadre permettant de mobiliser les institutions gouvernementales, les communaut\u00e9s de p\u00eacheurs artisanaux, les entreprises dirig\u00e9es par des femmes, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et les acteurs du secteur priv\u00e9 autour de d\u00e9fis communs, notamment la gouvernance de l\u2019eau et la restauration des \u00e9cosyst\u00e8mes.  <\/p>\n\n<p>L&rsquo;un des axes principaux du projet consistait \u00e0 r\u00e9tablir les liens entre les parties prenantes et les institutions historiquement marginalis\u00e9es, dont les interactions avaient \u00e9t\u00e9 affaiblies par les conflits, les d\u00e9placements de population et une pr\u00e9sence institutionnelle irr\u00e9guli\u00e8re. Gr\u00e2ce \u00e0 des processus inclusifs et participatifs, le projet a favoris\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence et le renforcement de plateformes multipartites, facilit\u00e9 le dialogue entre des espaces de gouvernance fragment\u00e9s et encourag\u00e9 la r\u00e9solution collective des probl\u00e8mes. <\/p>\n\n<p>Ce projet a \u00e9galement d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;un apprentissage adaptatif et it\u00e9ratif. Des solutions techniques \u2013 notamment des innovations en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9limination des macrophytes et de gestion de la p\u00eache \u2013 ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues conjointement avec les communaut\u00e9s et test\u00e9es avec celles-ci, ce qui a permis de concilier les objectifs environnementaux et les avantages pour les moyens de subsistance. Dans certains cas, ces solutions ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des activit\u00e9s autonomes g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus, men\u00e9es par des groupes communautaires.  <\/p>\n\n<p>Si l&rsquo;instauration d&rsquo;un climat de confiance et la consolidation institutionnelle constituent toujours des d\u00e9fis \u00e0 relever, l&rsquo;exp\u00e9rience du CGSM montre comment la GIP peut favoriser des approches plus coordonn\u00e9es, participatives et r\u00e9silientes en mati\u00e8re de gouvernance des paysages au sein de syst\u00e8mes socio-\u00e9cologiques complexes.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"749\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Screenshot-2026-06-09-at-17.20.41.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14923\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Screenshot-2026-06-09-at-17.20.41.png 1000w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Screenshot-2026-06-09-at-17.20.41-300x225.png 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Screenshot-2026-06-09-at-17.20.41-768x575.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">A propos du paysage<\/h2>\n\n<p>La Ci\u00e9naga Grande de Santa Marta (CGSM) est le plus grand syst\u00e8me estuarien c\u00f4tier de Colombie ; elle est situ\u00e9e principalement dans le d\u00e9partement de Magdalena, dans la r\u00e9gion des Cara\u00efbes colombiennes. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une r\u00e9serve de biosph\u00e8re et d&rsquo;un site Ramsar, couvrant plus de 500 000 hectares et fournissant des services \u00e9cosyst\u00e9miques essentiels tels que la p\u00eache, la r\u00e9gulation de l&rsquo;eau, la s\u00e9questration du carbone, la conservation de la biodiversit\u00e9, la beaut\u00e9 des paysages et l&rsquo;identit\u00e9 culturelle de ses habitants. <\/p>\n\n<p>Les zones humides font vivre plus de 4 000 familles de p\u00eacheurs artisanaux r\u00e9parties dans 26 communes environnantes, notamment des communaut\u00e9s vivant sur pilotis ou \u00e0 terre, dont les moyens de subsistance et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire d\u00e9pendent directement de la sant\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me. Ces communaut\u00e9s poss\u00e8dent un savoir ancestral approfondi sur la dynamique estuarienne et sont conscientes de l&rsquo;\u00e9troite interd\u00e9pendance qui existe entre le bon fonctionnement de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me et le bien-\u00eatre humain. <\/p>\n\n<p>Malgr\u00e9 son importance, le CGSM est soumis \u00e0 d\u2019importantes pressions environnementales. Le d\u00e9veloppement des infrastructures \u2013 en particulier la construction routi\u00e8re qui a obstru\u00e9 les affluents naturels \u2013 a perturb\u00e9 la connectivit\u00e9 hydrologique et modifi\u00e9 les r\u00e9gimes de salinit\u00e9, contribuant ainsi \u00e0 la d\u00e9gradation des mangroves<br\/>et \u00e0 la prolif\u00e9ration des macrophytes. Ces impacts sont aggrav\u00e9s par l\u2019<br\/>e non r\u00e9glement\u00e9e, l\u2019expansion agro-industrielle, la surp\u00eache et la pollution des eaux<br\/>, entra\u00eenant une perte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<br\/>de la fonctionnalit\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me.  <\/p>\n\n<p>Ces d\u00e9fis environnementaux sont aggrav\u00e9s par un manque de gouvernance efficace au sein des institutions gouvernementales et parmi les acteurs locaux. Les conflits arm\u00e9s et le trafic de drogue ont entra\u00een\u00e9 des d\u00e9placements de population, des conflits et une m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, affaiblissant ainsi le tissu social et limitant la collaboration. En cons\u00e9quence, les relations entre les institutions et les communaut\u00e9s se sont souvent fragment\u00e9es, ce qui a r\u00e9duit la l\u00e9gitimit\u00e9 et l&rsquo;efficacit\u00e9 des efforts de gestion environnementale.  <\/p>\n\n<p>Le CGSM s\u2019inscrit dans un cadre institutionnel complexe. En tant que site Ramsar et r\u00e9serve de biosph\u00e8re, il est soumis \u00e0 des engagements nationaux et internationaux en mati\u00e8re de conservation et comprend deux zones prot\u00e9g\u00e9es g\u00e9r\u00e9es par l\u2019Agence nationale des parcs naturels de Colombie. Les responsabilit\u00e9s en mati\u00e8re de gestion de l\u2019eau, de p\u00eache, de r\u00e9glementation environnementale et d\u2019am\u00e9nagement du territoire sont r\u00e9parties entre plusieurs entit\u00e9s op\u00e9rant \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles. Bien que ces mandats soient compl\u00e9mentaires, le manque de ressources, la fragmentation institutionnelle et le taux de rotation \u00e9lev\u00e9 du personnel ont limit\u00e9 leur efficacit\u00e9.   <\/p>\n\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte que le projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb a \u00e9t\u00e9 mis en place afin de renforcer la gouvernance environnementale et de favoriser des approches plus coordonn\u00e9es en mati\u00e8re de gestion des paysages. Bien que l\u2019instauration d\u2019un climat de confiance entre les diff\u00e9rents acteurs soit encore un travail en cours, le projet a cherch\u00e9 \u00e0 promouvoir une collaboration inclusive \u00e0 tous les niveaux et dans tous les secteurs, en reconnaissant que la durabilit\u00e9 \u00e0 long terme dans la r\u00e9gion du CGSM d\u00e9pend de la reconnexion entre les processus \u00e9cologiques, les institutions et les populations qui en d\u00e9pendent. <\/p>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les dimensions de la GIP dans la Ci\u00e9naga Grande de Santa Marta<\/h2>\n\n<p>La GIP permet d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont diff\u00e9rentes dimensions se manifestent et influencent la r\u00e9ussite d&rsquo;interventions territoriales complexes. La GIP favorise la coordination entre divers acteurs, secteurs et niveaux de gouvernance, en s&rsquo;articulant autour de six dimensions cl\u00e9s :   <\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>identification et mobilisation des parties prenantes<\/li>\n\n\n\n<li>la promotion des processus multipartites<\/li>\n\n\n\n<li>\u00e9laboration d&rsquo;une vision commune du paysage<\/li>\n\n\n\n<li>institutionnalisation des m\u00e9canismes de gouvernance<\/li>\n\n\n\n<li>la gestion adaptative et it\u00e9rative<\/li>\n\n\n\n<li>l&rsquo;\u00e9laboration de solutions techniques et politiques adapt\u00e9es au contexte<\/li>\n<\/ul>\n\n<p>Cette \u00e9tude de cas examine le projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb \u00e0 travers les cinq premi\u00e8res de ces dimensions, tandis que la sixi\u00e8me est int\u00e9gr\u00e9e dans le cadre de cette \u00e9tude. Les sections suivantes montrent comment ces dimensions se sont manifest\u00e9es dans diff\u00e9rents aspects du projet, permettant ainsi de tirer des enseignements cl\u00e9s pour la durabilit\u00e9 et la gouvernance du CGSM. <\/p>\n\n<p>Les \u00e9cosyst\u00e8mes pr\u00e9sents dans le CGSM sont essentiels pour ses habitants, qui en d\u00e9pendent pour leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et leurs revenus. En mettant en \u0153uvre la GIP, le projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb s&rsquo;est efforc\u00e9 de lutter contre la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement tout en renfor\u00e7ant la r\u00e9silience des communaut\u00e9s locales gr\u00e2ce \u00e0 des efforts collaboratifs. <\/p>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"120\" height=\"120\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LFF-icon-stakeholder-id-120px.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14894\" style=\"width:120px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Identification des parties prenantes<\/h3>\n\n<p>Les connaissances accumul\u00e9es par l\u2019INVEMAR au cours de plus de trois d\u00e9cennies de recherche et de surveillance c\u00f4ti\u00e8re dans le CGSM, ainsi que sa pr\u00e9sence institutionnelle dans la r\u00e9gion, ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel pour identifier les acteurs concern\u00e9s et faciliter les processus de gouvernance d\u00e8s le d\u00e9but du projet. L&rsquo;INVEMAR s&rsquo;appuie sur les travaux men\u00e9s dans le cadre d&rsquo;un projet ant\u00e9rieur, \u00ab D\u00e9veloppement local durable et gouvernance pour la paix \u00bb (LSDGP), financ\u00e9 par l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Cela a constitu\u00e9 un point de d\u00e9part pour identifier les communaut\u00e9s de p\u00eacheurs, les associations de femmes et les dirigeants communautaires. Cette exp\u00e9rience a montr\u00e9 \u00e0 l\u2019INVEMAR et \u00e0 ses partenaires la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019aborder de mani\u00e8re globale les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l\u2019utilisation des terres et de l\u2019eau sur un p\u00e9rim\u00e8tre g\u00e9ographique plus large.   <\/p>\n\n<p><strong>Les p\u00eacheurs artisanaux jouent <\/strong>un r\u00f4le essentiel, faisant vivre plus de 4 000 familles de p\u00eacheurs \u2013 qu\u2019elles soient regroup\u00e9es en associations ou qu\u2019elles travaillent \u00e0 leur compte \u2013 r\u00e9parties dans 26 communes situ\u00e9es autour du site Ramsar. Parmi elles figurent des communaut\u00e9s telles que Buenavista, Bocas de Cataca et Nueva Venecia, qui incarnent une culture amphibie et d\u00e9tiennent un savoir ancestral sur la dynamique de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, o\u00f9 les p\u00eacheurs sont conscients de l\u2019interd\u00e9pendance entre la sant\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me et le bien-\u00eatre de la population. <\/p>\n\n<p>L&rsquo;Association des p\u00eacheurs artisanaux unis pour la restauration de Puerto Caim\u00e1n (ASOPCAIMAN) est un exemple d&rsquo;organisation collective parmi les p\u00eacheurs ; ce groupe pratique une p\u00eache responsable <em>du crabe<\/em> bleu ( <em>Callinectes spp <\/em><em>.<\/em>) afin d&rsquo;approvisionner une entreprise qui transforme, met en conserve et exporte la chair de crabe. Les diverses initiatives touristiques communautaires constituent un autre type de groupe d&rsquo;acteurs locaux. Bon nombre d&rsquo;entre elles sont dirig\u00e9es par des femmes et visent \u00e0 diversifier les sources de revenus tout en pr\u00e9servant le paysage et sa biodiversit\u00e9.  <\/p>\n\n<p>Au cours du processus d\u2019identification des parties prenantes, des initiatives locales ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9es, notamment \u00ab Mangle Mi Huella Verde \u00bb (\u00ab Mangrove : mon empreinte verte \u00bb), une entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e dans la transformation du plastique \u00e0 usage unique, qui a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9e gr\u00e2ce au projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb. Des entreprises dirig\u00e9es par des femmes ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es. Bien que les femmes aient souvent \u00e9t\u00e9 exclues de la p\u00eache proprement dite, elles ont endoss\u00e9 des r\u00f4les cl\u00e9s dans la transformation des produits et la gestion des entreprises, contribuant ainsi \u00e0 une plus grande \u00e9galit\u00e9 entre les sexes au sein de ces cha\u00eenes de valeur. L\u2019une de ces entreprises est la Fondation environnementale des femmes de Magdalena (FUNDAMAG), qui \u0153uvre dans le tourisme et la restauration des mangroves de CGSM, en recourant \u00e0 des innovations technologiques telles que l\u2019utilisation d\u2019une machine mise au point pendant la mise en \u0153uvre du projet pour la collecte et le traitement des macrophytes \u2014 de grandes plantes aquatiques utilis\u00e9es pour l\u2019artisanat.   <\/p>\n\n<p><strong>Les grandes entreprises agroalimentaires<\/strong> sp\u00e9cialis\u00e9es dans la culture de la banane et du palmier \u00e0 huile ainsi que dans l&rsquo;\u00e9levage sont \u00e9galement des acteurs influents dans la r\u00e9gion, en raison de leur puissance \u00e9conomique et de leur r\u00f4le dans la cr\u00e9ation d&rsquo;un nombre important d&#8217;emplois. Cependant, elles ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de conflits \u2013 principalement environnementaux \u2013 li\u00e9s \u00e0 une utilisation inappropri\u00e9e de l&rsquo;eau et \u00e0 leur contribution \u00e0 la pollution due aux engrais, qui s&rsquo;infiltrent dans les cours d&rsquo;eau.   <\/p>\n\n<p><strong>Les institutions gouvernementales<\/strong> sont g\u00e9n\u00e9ralement bien accueillies par les communaut\u00e9s, m\u00eame si peu d&rsquo;entre elles jouissent d&rsquo;une large notori\u00e9t\u00e9 dans la r\u00e9gion. L&rsquo;INVEMAR, en revanche, est bien connu gr\u00e2ce \u00e0 sa pr\u00e9sence constante sur le territoire, \u00e0 sa communication directe et \u00e0 son soutien scientifique \u00e0 la prise de d\u00e9cision ; il a ainsi su gagner la confiance des acteurs locaux et tisser des liens \u00e9troits avec eux.   <\/p>\n\n<p>Le minist\u00e8re de l\u2019Environnement et du D\u00e9veloppement durable (MinAmbiente), en tant qu\u2019autorit\u00e9 charg\u00e9e de d\u00e9finir la politique environnementale du pays, est responsable de la gestion du site Ramsar et de la r\u00e9serve de biosph\u00e8re ; il joue donc un r\u00f4le central dans l\u2019\u00e9laboration des cadres r\u00e9glementaires. Les Parcs nationaux naturels de Colombie (PNNC) d\u00e9pendent du MinAmbiente et g\u00e8rent les deux aires prot\u00e9g\u00e9es qui composent la zone centrale de la r\u00e9serve de biosph\u00e8re : le sanctuaire de la flore et de la faune du CSGM et la promenade de l\u2019\u00eele de Salamanca. Bien que ces deux parcs aient des missions environnementales compl\u00e9mentaires sur le territoire, la complexit\u00e9 de la gestion dans la r\u00e9gion d\u00e9passe les capacit\u00e9s techniques, op\u00e9rationnelles et financi\u00e8res du PNNC.    <\/p>\n\n<p><br\/>La Corporation r\u00e9gionale autonome de Magdalena (CORPAMAG) est l&rsquo;autorit\u00e9 r\u00e9gionale charg\u00e9e de l&rsquo;<br\/>de l&rsquo;environnement et joue un r\u00f4le important dans la mise en \u0153uvre de la politique environnementale dans le cadre de la gestion territoriale. Elle a toutefois rencontr\u00e9 des difficult\u00e9s<br\/>compte tenu de l&rsquo;ampleur des d\u00e9fis socio-environnementaux dans la r\u00e9gion. Cela a compliqu\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 collaborer \u00e9troitement avec les communaut\u00e9s locales, ce qui a affect\u00e9 la perception qu\u2019ont celles-ci de son r\u00f4le.  <\/p>\n\n<p>L&rsquo;Autorit\u00e9 nationale de l&rsquo;aquaculture et de la p\u00eache (AUNAP), rattach\u00e9e au minist\u00e8re de l&rsquo;Agriculture et du D\u00e9veloppement rural, est charg\u00e9e de la gestion des ressources halieutiques et aquacoles du pays. La pr\u00e9sence directe de l\u2019AUNAP sur le terrain est limit\u00e9e, ce qui a rendu difficile la gestion efficace de l\u2019utilisation des ressources en collaboration avec les parties prenantes locales. Elle a toutefois travaill\u00e9 en \u00e9troite collaboration avec l\u2019INVEMAR afin d\u2019utiliser les r\u00e9sultats de la surveillance des p\u00eaches \u00e0 des fins de gestion.  <\/p>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"120\" height=\"120\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LFF-icon-multistakeholder-fora-120px.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14890\" style=\"width:120px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Processus plurilat\u00e9raux<\/h3>\n\n<p>Parmi les premi\u00e8res activit\u00e9s du projet figuraient des initiatives visant \u00e0 soutenir la mise en place de m\u00e9canismes de gouvernance sur le territoire. Au fur et \u00e0 mesure de l&rsquo;avancement des travaux, il est toutefois apparu clairement que bon nombre des instances de coordination existantes remplissaient des fonctions plut\u00f4t formelles, techniques ou institutionnelles, mais ne permettaient que rarement une participation active ou continue des acteurs locaux. De ce fait, ces derniers prenaient rarement part aux dialogues collectifs.    <\/p>\n\n<p>Afin de relever les principaux d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;eau \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du territoire, le projet a favoris\u00e9 la mise en place d&rsquo;un dispositif de gouvernance d\u00e9sormais connu sous le nom de Conseil territorial de l&rsquo;eau, une structure qui chapeaute six comit\u00e9s territoriaux de l&rsquo;eau. Le Conseil territorial de l&rsquo;eau a \u00e9t\u00e9 officialis\u00e9 par le minist\u00e8re de l&rsquo;Environnement. Il repr\u00e9sente un mod\u00e8le strat\u00e9gique de gouvernance qui int\u00e8gre diff\u00e9rents niveaux et types d&rsquo;acteurs autour d&rsquo;un programme commun ax\u00e9 sur la durabilit\u00e9 de l&rsquo;eau et des \u00e9cosyst\u00e8mes.  <\/p>\n\n<p><br\/>Parmi les plateformes multipartites (MSP) pertinentes pour ce projet, on peut notamment citer les suivantes :<\/p>\n\n<p>Le <strong>Comit\u00e9 de coordination pour la gestion int\u00e9gr\u00e9e de la Ci\u00e9naga Grande de Santa Marta<\/strong>, cr\u00e9\u00e9 par une r\u00e9solution du minist\u00e8re de l\u2019Environnement (MinAmbiente), a toujours constitu\u00e9 un espace technique et institutionnel r\u00e9unissant des acteurs nationaux et r\u00e9gionaux. Malgr\u00e9 son r\u00f4le cl\u00e9 dans la d\u00e9finition des strat\u00e9gies de restauration et de conservation du site Ramsar, ses actions sont per\u00e7ues comme \u00e9loign\u00e9es des dynamiques communautaires. La prise de d\u00e9cision au sein de cet espace a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e par le manque de continuit\u00e9 institutionnelle.  <\/p>\n\n<p><strong>Le Conseil territorial de l&rsquo;eau (CTA) constitue <\/strong>l&rsquo;une des innovations les plus marquantes du projet. Le CTA est un espace de coordination bien \u00e9tabli entre les multiples parties prenantes du territoire. Dans le cadre de sa structure, six comit\u00e9s territoriaux de l&rsquo;eau ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, regroupant les communaut\u00e9s, ainsi que des producteurs, des ONG et des institutions locales. Ces tables rondes soutiennent l&rsquo;\u00e9laboration de plans territoriaux participatifs et visent \u00e0 mettre en \u0153uvre des accords de conservation, de restauration et de suivi. L&rsquo;initiative vise \u00e9galement \u00e0 instaurer la confiance entre des secteurs historiquement cloisonn\u00e9s et \u00e0 servir de m\u00e9diateur dans les conflits socio-environnementaux.      <\/p>\n\n<p><strong>La Plateforme pour la gestion responsable de l&rsquo;eau est <\/strong>une alliance intersectorielle initialement lanc\u00e9e par le WWF qui facilite la surveillance et la protection communautaires des ressources en eau dans des zones cl\u00e9s telles que les bassins des rivi\u00e8res Fr\u00edo et Sevilla, et fait figure de r\u00e9f\u00e9rence pour son mod\u00e8le participatif et intersectoriel. Le projet Paisajes Sostenibles a permis d\u2019int\u00e9grer la Fondation et les bassins versants de l\u2019Aracataca \u00e0 cette initiative, bien qu\u2019\u00e0 des niveaux de maturit\u00e9 et d\u2019autonomie diff\u00e9rents. Ces initiatives ont jet\u00e9 les bases de processus de gouvernance communautaire plus larges.  <\/p>\n\n<p>L&rsquo;interaction avec ces plateformes a permis aux actions du projet de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une plus grande l\u00e9gitimit\u00e9 locale, a renforc\u00e9 le leadership communautaire et a facilit\u00e9 la prise et le suivi des engagements. Il subsiste toutefois des d\u00e9fis importants pour la consolidation d&rsquo;une gouvernance environnementale et territoriale efficace, tels que la rotation fr\u00e9quente des fonctionnaires, l&rsquo;absence d&rsquo;autorit\u00e9s locales dans des domaines cl\u00e9s et les d\u00e9s\u00e9quilibres de pouvoir entre les parties prenantes. Ces probl\u00e8mes sont apparus dans des communaut\u00e9s telles que Bocas de Cataca et Remolino, o\u00f9 le manque d\u2019organisation, de repr\u00e9sentation et de clart\u00e9 quant \u00e0 leurs propres revendications a limit\u00e9 leur consolidation institutionnelle par rapport \u00e0 des communaut\u00e9s dot\u00e9es de processus organisationnels plus avanc\u00e9s, ce qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des asym\u00e9tries dans les espaces de prise de d\u00e9cision.  <\/p>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"120\" height=\"120\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LFF-icon-common-vision-120px.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14878\" style=\"width:120px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vision commune  <\/h3>\n\n<p>Bien que le projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb ne soit pas n\u00e9 d\u2019une vision commune du paysage, il reposait sur une pr\u00e9occupation claire face \u00e0 un probl\u00e8me partag\u00e9 : la perte de la fonctionnalit\u00e9 \u00e9cosyst\u00e9mique de la Ci\u00e9naga et la rupture des liens entre ceux qui en d\u00e9pendent. Cette clart\u00e9, h\u00e9rit\u00e9e des exp\u00e9riences de l\u2019INVEMAR et du projet LSDGP, a permis d\u2019\u00e9tablir une base commune pour progresser vers des accords collectifs. <\/p>\n\n<p>La d\u00e9finition d\u2019une vision commune est le fruit de multiples processus, tant formateurs que participatifs, comprenant notamment des \u00e9changes d\u2019exp\u00e9riences r\u00e9guliers, des tables rondes techniques, des ateliers communautaires et des exercices de co-cr\u00e9ation men\u00e9s par le projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb. Bien que les int\u00e9r\u00eats et les priorit\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 initialement locaux et \u00e0 court terme, le projet a favoris\u00e9 la cr\u00e9ation d\u2019espaces o\u00f9 les parties prenantes locales ont pris conscience des interd\u00e9pendances, notamment entre les communaut\u00e9s en amont et en aval, ainsi qu\u2019entre les diff\u00e9rentes zones g\u00e9ographiques du site Ramsar. <\/p>\n\n<p>Bien que la perception du paysage varie d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e0 l&rsquo;autre, plusieurs \u00e9l\u00e9ments commun\u00e9ment appr\u00e9ci\u00e9s se sont d\u00e9gag\u00e9s :<\/p>\n\n<p><br\/>La n\u00e9cessit\u00e9 urgente de restaurer l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me de la mangrove afin de contribuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie locale (par exemple, la p\u00eache artisanale, l&rsquo;observation des oiseaux, l&rsquo;\u00e9levage d&rsquo;amphibiens comme moyen de subsistance).<\/p>\n\n<p><br\/>La n\u00e9cessit\u00e9 de valoriser les savoirs traditionnels des p\u00eacheurs locaux et de renforcer la p\u00eache artisanale en tant qu&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique et culturelle principale de la r\u00e9gion, ainsi que son r\u00f4le dans l&rsquo;\u00e9quilibre des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n\n<p><br\/>L&rsquo;importance d&rsquo;am\u00e9liorer la gouvernance de l&rsquo;eau, notamment en ce qui concerne sa disponibilit\u00e9 et son accessibilit\u00e9.<\/p>\n\n<p><br\/>La n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une gouvernance plus transparente, intersectorielle et inclusive, \u00e0 plusieurs niveaux et impliquant toutes les parties prenantes.<\/p>\n\n<p>Bien que la vision commune ait constitu\u00e9 un point de r\u00e9f\u00e9rence utile, des lacunes ont persist\u00e9 en ce qui concerne les m\u00e9canismes de mise en \u0153uvre : absence de leadership, tensions entre les mandats institutionnels et obstacles \u00e0 l&rsquo;harmonisation des priorit\u00e9s entre les diff\u00e9rents niveaux. De plus, on a constat\u00e9 une forte d\u00e9pendance historique vis-\u00e0-vis des projets externes, qui, dans certains cas, a renforc\u00e9 les dynamiques de paternalisme institutionnel. Cette situation a engendr\u00e9 des d\u00e9fis suppl\u00e9mentaires pour l\u2019appropriation locale des processus, en particulier dans les contextes o\u00f9 la continuit\u00e9 des efforts d\u00e9pend d\u2019un financement ou d\u2019un soutien technique externes.    <\/p>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"120\" height=\"120\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LFF-icon-institutionalisation-120px.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14882\" style=\"width:120px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Institutionnalisation  <\/h3>\n\n<p>Le projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb s&rsquo;est efforc\u00e9 d&rsquo;ancrer ses actions dans les structures paysag\u00e8res existantes, en reconnaissant leur valeur normative et symbolique. Le CGSM dispose d&rsquo;un cadre institutionnel solide : il s&rsquo;agit d&rsquo;un site Ramsar, d&rsquo;une r\u00e9serve de biosph\u00e8re, et il comprend deux zones prot\u00e9g\u00e9es, qui exigent toutes une coordination efficace entre les entit\u00e9s ainsi qu&rsquo;une gestion conforme aux engagements internationaux.   <\/p>\n\n<p>Le projet a contribu\u00e9 au renforcement du Comit\u00e9 Ramsar afin de relier les progr\u00e8s en mati\u00e8re de gouvernance territoriale aux engagements nationaux et internationaux en mati\u00e8re de conservation. Cet effort comprenait la mise \u00e0 jour de la vision commune concernant la gestion de l&rsquo;eau, la participation communautaire et la planification des \u00e9cosyst\u00e8mes. En cons\u00e9quence, le projet a \u00e9labor\u00e9 une feuille de route technique et participative destin\u00e9e \u00e0 guider la mise en \u0153uvre du plan de gestion du site Ramsar. Bien que l\u2019INVEMAR ait d\u00e9j\u00e0 actualis\u00e9 ce plan et que des recommandations claires aient \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es en 2022, la feuille de route n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 officiellement adopt\u00e9e. Des blocages administratifs et un manque de leadership institutionnel subsistent au sein des organismes nationaux responsables, \u00e0 savoir le MinAmbiente et la CORPAMAG. Ce retard est particuli\u00e8rement d\u00e9licat, car m\u00eame certains acteurs communautaires estiment que le processus a \u00e9t\u00e9 formellement approuv\u00e9, compte tenu de l\u2019ach\u00e8vement des travaux pr\u00e9paratoires et du niveau de participation observ\u00e9.     <\/p>\n\n<p>L&rsquo;un des principaux d\u00e9fis actuels r\u00e9side dans l&rsquo;institutionnalisation officielle du Conseil territorial de l&rsquo;eau, une structure d\u00e9j\u00e0 mise en place, op\u00e9rationnelle et jouissant d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 locale, qui a d\u00e9montr\u00e9 son utilit\u00e9 en tant qu&rsquo;espace de gouvernance multipartite. Malgr\u00e9 son bon fonctionnement et la reconnaissance dont il b\u00e9n\u00e9ficie, y compris au niveau national, l\u2019absence d\u2019outils facilitant son fonctionnement \u2014 ainsi que celui d\u2019espaces similaires dans la r\u00e9gion \u2014 a limit\u00e9 sa viabilit\u00e9 et sa capacit\u00e9 \u00e0 avoir un impact \u00e0 long terme. Dans ce contexte, on esp\u00e8re qu\u2019un projet \u00e0 venir financ\u00e9 par le Fonds pour l\u2019environnement mondial (FEM), le GEF7-CGSM, assurera la continuit\u00e9 de plusieurs processus de gouvernance dans la r\u00e9gion et contribuera \u00e0 la consolidation de l\u2019institutionnalisation en cours en int\u00e9grant le Conseil dans les dispositifs officiels de gestion de l\u2019eau et de l\u2019environnement au niveau national.    <\/p>\n\n<p>Malgr\u00e9 ces progr\u00e8s, des obstacles structurels persistent, tels que la fragmentation institutionnelle, la forte rotation du personnel au sein d&rsquo;entit\u00e9s cl\u00e9s (comme la CORPAMAG ou certaines mairies locales) et le manque de ressources financi\u00e8res et humaines durables. De nombreuses collectivit\u00e9s locales ne disposent pas du personnel technique qualifi\u00e9 ni des budgets suffisants pour mettre en \u0153uvre les accords \u00e9labor\u00e9s collectivement.   <\/p>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"120\" height=\"120\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LFF-icon-iterative-management-120px.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14886\" style=\"width:120px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Apprentissage et adaptation it\u00e9ratifs<\/h3>\n\n<p>Dans un contexte aussi dynamique et complexe que celui du CGSM, il a fallu s&rsquo;adapter aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s socio-environnementales, int\u00e9grer les enseignements tir\u00e9s et ajuster les m\u00e9thodes de travail en s&rsquo;appuyant sur les connaissances et l&rsquo;exp\u00e9rience locales.<\/p>\n\n<p>L&rsquo;une des causes sous-jacentes de la d\u00e9gradation de l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me r\u00e9side dans la prolif\u00e9ration des macrophytes, largement provoqu\u00e9e par les variations de la salinit\u00e9 de l&rsquo;eau. Ces variations sont survenues apr\u00e8s que les infrastructures routi\u00e8res, en particulier l&rsquo;autoroute, ont obstru\u00e9 la plupart des bras d&rsquo;eau naturels qui permettaient auparavant \u00e0 l&rsquo;eau de mer de p\u00e9n\u00e9trer au gr\u00e9 des mar\u00e9es. Cette perte de connectivit\u00e9 a perturb\u00e9 la dynamique estuarienne et contribu\u00e9 \u00e0 la croissance excessive des plantes aquatiques flottantes.  <\/p>\n\n<p>Dans cette optique, les travaux de restauration men\u00e9s avec la communaut\u00e9 ont permis d\u2019identifier la prolif\u00e9ration des macrophytes comme un probl\u00e8me urgent, car elle affectait \u00e0 la fois la navigabilit\u00e9 et la sant\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me. Auparavant, les macrophytes \u00e9taient ramass\u00e9s \u00e0 la main. En collaboration avec les communaut\u00e9s, l\u2019\u00e9quipe technique a co-con\u00e7u une machine afin de m\u00e9caniser ce processus. Gr\u00e2ce \u00e0 cette collaboration, environ une tonne de macrophytes a \u00e9t\u00e9 r\u00e9colt\u00e9e au cours d\u2019un essai pilote de deux heures. La solution s\u2019est av\u00e9r\u00e9e si efficace que le groupe communautaire \u00e0 l\u2019origine de cette initiative propose d\u00e9sormais des services ind\u00e9pendants de d\u00e9broussaillage des voies navigables pour le transport, g\u00e9n\u00e9rant ainsi ses propres revenus.    <\/p>\n\n<p>L&rsquo;adoption de casiers modifi\u00e9s utilis\u00e9s dans la p\u00eache au crabe constitue un exemple embl\u00e9matique de gestion adaptative. Ces casiers grillag\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 con\u00e7us pour permettre aux individus n&rsquo;ayant pas encore atteint la maturit\u00e9 sexuelle de s&rsquo;\u00e9chapper. L\u2019INVEMAR a toutefois observ\u00e9 que certains p\u00eacheurs scellaient ces ouvertures afin de maximiser leurs prises. Cela sugg\u00e9rait que la fonctionnalit\u00e9 des casiers \u2014 et leur valeur \u00e9cologique \u2014 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9e par les utilisateurs, qui ne comprenaient pas la valeur potentielle des casiers pour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me et continuaient donc \u00e0 privil\u00e9gier les gains individuels \u00e0 court terme.   <\/p>\n\n<p>En cons\u00e9quence, l\u2019utilisation des pi\u00e8ges a \u00e9t\u00e9 temporairement suspendue, et des exp\u00e9riences participatives ont \u00e9t\u00e9 mises en place avec les p\u00eacheurs. Celles-ci ont montr\u00e9 que lorsque les petits crabes \u00e9taient rel\u00e2ch\u00e9s, la taille moyenne des prises augmentait. Ces r\u00e9sultats ont permis aux p\u00eacheurs de comprendre les avantages de cette pratique, ce qui a conduit \u00e0 son adoption volontaire. Ce cas a mis en \u00e9vidence l\u2019importance de l\u2019apprentissage it\u00e9ratif : il ne suffit pas d\u2019introduire des solutions techniques si celles-ci ne sont pas comprises et int\u00e9rioris\u00e9es au niveau local. Pour que les pratiques soient durables, elles doivent s\u2019appuyer sur le dialogue, des donn\u00e9es contextuelles et une validation collective.    <\/p>\n\n<p>La participation active s\u2019est poursuivie \u00e0 travers des s\u00e9ances de retour d\u2019exp\u00e9rience, du mentorat et des \u00e9changes adapt\u00e9s au contexte, ce qui a permis d\u2019ajuster les strat\u00e9gies en fonction de l\u2019exp\u00e9rience acquise sur le terrain. Dans les communaut\u00e9s vivant sur pilotis, les zones de restauration prioritaires ont, par exemple, \u00e9t\u00e9 red\u00e9finies en fonction des int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9. La quantit\u00e9 d&rsquo;eau a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 surveill\u00e9e avec l&rsquo;aide des acteurs locaux, qui ont contribu\u00e9 \u00e0 interpr\u00e9ter les changements en fonction des cycles de mar\u00e9e, des pr\u00e9cipitations ou des rejets de d\u00e9chets.  <\/p>\n\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 de ces cycles d&rsquo;apprentissage d\u00e9pend toutefois largement de la solidit\u00e9 des relations \u00e9tablies gr\u00e2ce aux efforts ant\u00e9rieurs visant \u00e0 instaurer la confiance. Dans les r\u00e9gions o\u00f9 l&rsquo;exclusion historique ou les s\u00e9quelles des conflits persistent, les communaut\u00e9s ont souvent du mal \u00e0 s&rsquo;engager de mani\u00e8re significative sans un accompagnement soutenu. <\/p>\n\n<div style=\"height:51px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusions<\/h2>\n\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience du projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb dans la CGSM montre que la GIP n\u00e9cessite non seulement des outils et des solutions techniques, mais aussi des processus de renforcement de la confiance \u00e0 long terme. Cela ne s&rsquo;instaure pas par d\u00e9cret : cela repose sur des exemples concrets, sur le principe \u00ab il faut le voir pour le croire \u00bb et sur l&rsquo;apprentissage par la pratique. Le cas des casiers \u00e0 crabe bleu a montr\u00e9 que, lorsque les b\u00e9n\u00e9ficiaires font directement l\u2019exp\u00e9rience des changements technologiques, les transformations sont possibles et durables. Cette logique se refl\u00e8te \u00e9galement dans la relation entre l\u2019INVEMAR et les communaut\u00e9s : sa pr\u00e9sence sur le terrain, sa coh\u00e9rence technique et sa capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des liens solides qui ont servi de pont avec d\u2019autres institutions. La confiance a permis \u00e0 des acteurs auparavant d\u00e9connect\u00e9s \u2014 tels que les entit\u00e9s nationales et les p\u00eacheurs artisanaux \u2014 de commencer \u00e0 collaborer et de se reconna\u00eetre mutuellement comme des partenaires \u00e0 part enti\u00e8re. Dans un contexte marqu\u00e9 par des in\u00e9galit\u00e9s et une m\u00e9fiance historiques, ce processus repr\u00e9sente une base r\u00e9aliste et transformatrice pour \u00e9voluer vers des paysages r\u00e9silients et inclusifs.       <\/p>\n\n<p><br\/><em>Publi\u00e9 en mai 2026. Pour d\u00e9couvrir d&rsquo;autres \u00e9tudes de cas sur la GIP, rendez-vous sur landscapesfuture.org\/ilm-case-studies\/ <\/em>. <em>Toutes les photos sont une gracieuset\u00e9 d&rsquo;INVEMAR.<\/em><\/p>\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le projet \u00ab Paisajes Sostenibles \u00bb (Paysages durables) visait \u00e0 renforcer la gouvernance environnementale tout en testant des strat\u00e9gies innovantes destin\u00e9es \u00e0 am\u00e9liorer les moyens de subsistance locaux, dans un contexte marqu\u00e9 par la d\u00e9gradation \u00e9cologique, la fragmentation institutionnelle et un faible niveau de confiance entre les diff\u00e9rents acteurs.<\/p>\n","protected":false},"author":19,"featured_media":14920,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[60,87,493],"tags":[],"content_type":[],"source_site":[],"class_list":["post-15072","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-connaissances","category-publications-fr","category-reflexions-sur-le-terrain"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15072","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/19"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15072"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15072\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15073,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15072\/revisions\/15073"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14920"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15072"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15072"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15072"},{"taxonomy":"content_type","embeddable":true,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/content_type?post=15072"},{"taxonomy":"source_site","embeddable":true,"href":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/source_site?post=15072"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}