{"id":15057,"date":"2026-06-12T13:16:42","date_gmt":"2026-06-12T10:16:42","guid":{"rendered":"https:\/\/landscapesfuture.org\/introduction-une-promenade-a-travers-lunivers-du-the\/"},"modified":"2026-06-15T16:31:42","modified_gmt":"2026-06-15T13:31:42","slug":"introduction","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/landscapesfuture.org\/fr\/introduction\/","title":{"rendered":"Introduction : une promenade \u00e0 travers l&rsquo;univers du th\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:78px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"474\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1024x474.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14986\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1024x474.jpeg 1024w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-300x139.jpeg 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-768x355.jpeg 768w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image.jpeg 1304w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>L&rsquo;oc\u00e9an de verdure, Tigoni<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n<p><\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote has-medium-font-size\" style=\"border-style:none;border-width:0px;border-radius:0px\"><blockquote><p>Le terme \u00ab paysage \u00bb ne fait pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la configuration physique du terrain. Il \u00e9voque plut\u00f4t les possibilit\u00e9s et les limites de l&rsquo;espace : il englobe le territoire physique, les personnes qui y vivent et la culture \u00e0 travers laquelle celles-ci explorent les possibilit\u00e9s offertes par ce territoire. Le \u00ab paysage \u00bb signifie \u00ab l&rsquo;existence \u00bb.  <\/p><cite>\u2013 David William Cohen et ES AtieNo Odhiambo<a href=\"#_edn1\" id=\"_ednref1\"><em><strong><sup>1<\/sup><\/strong><\/em><\/a><\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n<p>J&rsquo;ai grandi au Kenya. Quand j&rsquo;\u00e9tais enfant, ma famille et moi rendions parfois visite \u00e0 des amis \u00e0 Tigoni. Depuis notre maison, situ\u00e9e pr\u00e8s du centre-ville de Nairobi, ce n&rsquo;\u00e9tait pas loin \u2013 peut-\u00eatre 40 km. Mais nous \u00e9tions une famille relativement s\u00e9dentaire pour qui les week-ends se passaient principalement \u00e0 la piscine municipale, o\u00f9 mon p\u00e8re faisait ses longueurs et o\u00f9 ma s\u0153ur et moi sautions du plongeoir. Ainsi, se rendre \u00e0 Tigoni en voiture ressemblait \u00e0 une <em>exp\u00e9dition. Tigoni <\/em>est la plus grande r\u00e9gion productrice de th\u00e9 du Kenya.<a href=\"#_edn2\" id=\"_ednref2\"><sup>2<\/sup><\/a> Regardez-la sur Google Earth. C\u2019est un oc\u00e9an de th\u00e9. Il s\u2019\u00e9tend \u00e0 perte de vue, d\u2019un horizon \u00e0 l\u2019autre. Je trouvais cela fascinant et impressionnant. Ainsi, il y a quatre ans, lorsque ma famille et moi sommes retourn\u00e9s au Kenya, nous avons trouv\u00e9 une maison \u00e0 louer l\u00e0-bas et nous y avons emm\u00e9nag\u00e9. C\u2019est une ancienne maison de fermier nich\u00e9e au milieu d\u2019un bosquet d\u2019arbres indig\u00e8nes. Et tout autour, l\u2019oc\u00e9an vert s\u2019\u00e9tend \u00e0 perte de vue.          <\/p>\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce qui vous viendrait \u00e0 l&rsquo;esprit si je vous disais \u00ab paysage \u00bb ? Les champs de th\u00e9 de Tigoni sur la photo ci-dessus correspondent sans aucun doute \u00e0 cette d\u00e9finition. Pour moi, comme sans doute pour beaucoup d&rsquo;entre vous, un paysage, c&rsquo;est une vue panoramique : l&rsquo;\u00e9tendue de la terre \u00e0 perte de vue. Tigoni est magnifique, n\u2019est-ce pas ?  <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Mais peut-\u00eatre que lorsque je vous parle de \u00ab paysage \u00bb, c\u2019est un autre type de paysage qui vous vient \u00e0 l\u2019esprit : le tableau. Lorsque j\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant de premier cycle, l\u2019un de nos professeurs \u2013 Brian Short, un g\u00e9ographe culturel \u2013 animait un cours sur la mani\u00e8re dont les peintures pouvaient nous renseigner sur ce qui \u00e9tait valoris\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es, sur ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab beau \u00bb et sur la fa\u00e7on dont les peintures refl\u00e9taient une vision de ce que le monde devrait \u00eatre. Le tableau ci-dessous, <em>Stour Valley and Dedham Church<\/em>, a \u00e9t\u00e9 peint en 1814 par le c\u00e9l\u00e8bre peintre paysagiste anglais John Constable. Qu\u2019est-ce qui est \u00ab naturel \u00bb dans cette \u0153uvre ? a demand\u00e9 mon professeur aux \u00e9tudiants. Il a attendu, tandis que nous scrutions tous le transparent projet\u00e9 au r\u00e9troprojecteur. (Oui, cela remonte \u00e0 si longtemps.) Je me sentais un peu g\u00ean\u00e9e de l\u2019aimer vraiment \u2013 je savais que mon tuteur nous emmenait vers un terrain incertain, mais aimer le tableau n\u2019\u00e9tait pas, je suppose, la destination. Il me semblait merveilleusement paisible. L\u2019air \u00e9tait frais et vif. Le soleil \u00e9tait chaud, mais pas br\u00fblant. C\u2019\u00e9tait un paysage bien entretenu, soign\u00e9. Il semblait <em>ordonn\u00e9<\/em>. Mais je n\u2019osais rien dire et je gardais la main baiss\u00e9e.            <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"701\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-1024x701.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-15002\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-1024x701.png 1024w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-300x205.png 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-768x526.png 768w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2.png 1233w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>La vall\u00e9e de la Stour et l&rsquo;\u00e9glise de Dedham, John Constable, 1814<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n<p><\/p>\n\n<p>Le g\u00e9ographe Ronald Rees a fait valoir que les peintures de Constable ne sont pas des repr\u00e9sentations neutres du monde, mais plut\u00f4t des documents g\u00e9ographiques soigneusement compos\u00e9s. Les sc\u00e8nes de la vall\u00e9e de Dedham et de la vall\u00e9e de la Stour peintes par Constable d\u00e9peignent des paysages intens\u00e9ment exploit\u00e9s, cl\u00f4tur\u00e9s et modifi\u00e9s par l\u2019homme, mais les pr\u00e9sentent comme s\u2019ils \u00e9taient naturels et intemporels. L\u2019effet obtenu est de normaliser un ordre agraire particulier \u2014 champs clos, domaines fonciers, syst\u00e8mes de prairies inondables \u2014 comme \u00e9tant la mani\u00e8re naturelle dont un paysage anglais <em>devrait<\/em> se pr\u00e9senter et fonctionner. Cela affirme discr\u00e8tement le pouvoir des propri\u00e9taires fonciers et la l\u00e9gitimit\u00e9 des hi\u00e9rarchies rurales existantes.<sup><a href=\"#_edn3\" id=\"_ednref3\">3<\/a> <\/sup>Pour John Barrell, Constable (et d\u2019autres peintres paysagistes anglais) a rendu les pauvres ruraux visuellement acceptables en tant que partie int\u00e9grante du d\u00e9cor de l\u2019\u00e9lite : pr\u00e9sents, mais petits, marginaux, id\u00e9alis\u00e9s ou esth\u00e9tiquement mis en sc\u00e8ne de mani\u00e8re \u00e0 ce que la pauvret\u00e9, les luttes li\u00e9es \u00e0 l\u2019enclosure et les conflits de classe soient tenus \u00e0 l\u2019\u00e9cart du regard. Dans cette interpr\u00e9tation, les paysages de Constable contribuent \u00e0 masquer les relations de domination : ils esth\u00e9tisent un paysage structur\u00e9 par le pouvoir des propri\u00e9taires fonciers et le capitalisme agraire, tout en donnant \u00e0 ce pouvoir un aspect bienveillant et \u00ab naturel<sup>\u00bb.<a href=\"#_edn4\" id=\"_ednref4\">4<\/a><\/sup> Constable ne peignait pas pour les personnes priv\u00e9es de pouvoir et les pauvres. Il peignait pour les nantis et les riches, repr\u00e9sentant <em>l\u2019ordre<\/em> qu\u2019ils souhaitaient voir.     <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s la conf\u00e9rence de Brian Short, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler pour une agence appel\u00e9e la Commission du M\u00e9kong, une organisation intergouvernementale issue d\u2019un trait\u00e9 dont le si\u00e8ge se trouvait alors \u00e0 Phnom Penh, au Cambodge. La MRC \u00e9tait fortement ax\u00e9e sur l\u2019hydro\u00e9lectricit\u00e9 : elle accordait une attention consid\u00e9rable \u00e0 ce qui \u00e9tait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, un modeste d\u00e9veloppement hydro\u00e9lectrique dans le bassin du M\u00e9kong (une autre manifestation paysag\u00e8re). Il ne m\u2019\u00e9tait m\u00eame pas venu \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019hydro\u00e9lectricit\u00e9 puisse \u00eatre autre chose que propre et verte. Quelques ann\u00e9es plus tard, mon opinion a compl\u00e8tement chang\u00e9.   <\/p>\n\n<p>Les promoteurs hydro\u00e9lectriques aiment pr\u00e9senter leurs propres vues d&rsquo;ensemble des barrages qu&rsquo;ils proposent. En voici une pour le barrage de Hatgyi, un g\u00e9ant qui, s\u2019il voit le jour, sera construit sur la rivi\u00e8re Salween au Myanmar. Des pentes bien bois\u00e9es descendent vers ses r\u00e9servoirs. En bas \u00e0 gauche, des petits exploitants cultivent pr\u00e8s du mur du barrage. L\u2019eau du r\u00e9servoir est calme, refl\u00e9tant l\u2019immensit\u00e9 du ciel. Au premier plan, une vol\u00e9e de colombes blanches s&rsquo;envole. Le barrage lui-m\u00eame n&rsquo;est pas une aberration de b\u00e9ton, mais s&rsquo;int\u00e8gre harmonieusement au paysage \u2013 c&rsquo;est une image bienveillante et <em>ordonn\u00e9e<\/em>. Si un barrage hydro\u00e9lectrique pouvait \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re bucolique, ce serait celui-ci.       <\/p>\n\n<p>La plupart des repr\u00e9sentations visent \u00e0 transmettre des messages similaires. Mais le Hatgyi est extr\u00eamement controvers\u00e9.<a href=\"#_edn5\" id=\"_ednref5\"><sup>5<\/sup><\/a> S&rsquo;il venait \u00e0 \u00eatre construit, il serait situ\u00e9 sur le territoire traditionnel du peuple karen, qui r\u00e9siste depuis longtemps aux ambitions politiques de Naypyidaw, si\u00e8ge du gouvernement de l&rsquo;Union du Myanmar domin\u00e9 par les Bamar. Comme pour de nombreux barrages de la r\u00e9gion du M\u00e9kong, les partisans du projet invoquent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 (argument souvent contest\u00e9) et la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9veloppement (\u00e9galement contest\u00e9e). Ce qui n\u2019est pas mentionn\u00e9, c\u2019est que dans toute la r\u00e9gion, l\u2019hydro\u00e9lectricit\u00e9 est fr\u00e9quemment utilis\u00e9e comme strat\u00e9gie de territorialisation par l\u2019\u00c9tat. L&rsquo;hydro\u00e9lectricit\u00e9 n\u00e9cessite des routes menant au site (le long desquelles l&rsquo;arm\u00e9e peut se d\u00e9placer, suivie par des camions de transport de bois et du mat\u00e9riel), des populations doivent \u00eatre d\u00e9plac\u00e9es (vers des villages <em>uniformis\u00e9s<\/em> aux logements identiques, ce qui bouleverse des modes de subsistance s\u00e9culaires, les syst\u00e8mes fonciers, l&rsquo;acc\u00e8s aux ressources naturelles, etc.), et provoque des bouleversements \u00e9cologiques (p\u00eacheries d\u00e9truites, charges s\u00e9dimentaires perturb\u00e9es, r\u00e9gimes d\u2019inondation interrompus).    <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"453\" height=\"298\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14991\" style=\"width:873px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image.png 453w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-300x197.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 453px) 100vw, 453px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Maquette du barrage de Hatgyi<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n<p>Il est impossible de concilier l\u2019image du Hatgyi avec les d\u00e9g\u00e2ts que le barrage risque de causer s\u2019il est construit. Mais la repr\u00e9sentation ci-dessus constitue en soi une forme de propagande et, m\u00eame si elle est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par ordinateur, elle v\u00e9hicule un message de l\u00e9gitimit\u00e9 \u2013 un message qui \u00e9voque la r\u00e9conciliation entre le b\u00e9ton et la nature, ainsi que <em>l\u2019ordre<\/em>. Mais tout comme les g\u00e9ographes ont d\u00e9cortiqu\u00e9 les nuances des peintures de Constable, ces repr\u00e9sentations sugg\u00e8rent \u00e9galement la domination pure et simple de l\u2019hydro\u00e9lectricit\u00e9 sur le paysage. \u00ab En tant que manifestations gigantesques du pouvoir de l\u2019\u00c9tat, les barrages peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme la concr\u00e9tisation du r\u00eave d\u2019une nation de centraliser et de contr\u00f4ler ses ressources \u2013 et de le d\u00e9montrer au reste du monde. \u00bb<a href=\"#_edn6\" id=\"_ednref6\"><sup>6<\/sup><\/a>   <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>La peinture de Liu Xiaodong, repr\u00e9sentant le barrage des Trois Gorges en voie d\u2019ach\u00e8vement, offre un contraste saisissant avec cette repr\u00e9sentation du Hatgyi. Cette peinture monumentale (3 x 10 m, compos\u00e9e de quatre panneaux) est empreinte d\u2019une atmosph\u00e8re de d\u00e9couragement \u2013 depuis les petits gar\u00e7ons macabres au centre, les deux hommes en veste fixant le barrage, un deuxi\u00e8me groupe d\u2019hommes regardant le spectateur, jusqu\u2019\u00e0 une sc\u00e8ne de mauvais go\u00fbt \u00e0 droite qui semble repr\u00e9senter une n\u00e9gociation en vue d\u2019un rapport sexuel. Et puis, de mani\u00e8re d\u00e9concertante, il y a ce canard, abattu par un tireur invisible, qui tombe du ciel. Et l\u2019ensemble est submerg\u00e9 par un voile gris \u2013 le r\u00e9servoir, le b\u00e9ton gris de l\u2019immense barrage et les d\u00e9bris gris d\u2019une ville qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e pour faire place \u00e0 ce sanctuaire technologique qui illustre \u00ab la dialectique chaotique entre cr\u00e9ation et destruction inh\u00e9rente au projet prom\u00e9th\u00e9en de la modernit\u00e9 \u00bb.<a href=\"#_edn7\" id=\"_ednref7\"><sup>7<\/sup><\/a>   <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"309\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-1024x309.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14990\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-1024x309.jpeg 1024w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-300x90.jpeg 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-768x232.jpeg 768w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1.jpeg 1380w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Les Trois Gorges \u2013 Les nouveaux d\u00e9plac\u00e9s, Liu Xiaodong, 2005<\/em><a href=\"#_edn8\" id=\"_ednref8\"><em><strong><sup>[8]<\/sup><\/strong><\/em><\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>\u00c0 environ 30 km au nord de Tigoni se trouve le parc national d&rsquo;Aberdare, un lieu remarquable. Sa v\u00e9g\u00e9tation s&rsquo;explique le mieux par une succession de zones altitudinales : une for\u00eat de basse montagne, une ceinture de bambous, puis des landes, des marais et, plus haut, une v\u00e9g\u00e9tation afro-alpine. Dans la zone foresti\u00e8re, on trouve des arbres tels que le c\u00e8dre, le camphrier, l\u2019olivier,<em>le podocarpus<\/em> et <em>l\u2019hagenia<\/em>; \u00e0 moyenne altitude, le bambou devient dominant ; et pr\u00e8s des sommets, le paysage se transforme en un ensemble de lob\u00e9lies g\u00e9antes,<em>de s\u00e9ne\u00e7ons<\/em>, de gramin\u00e9es en touffes et d\u2019arbustes ressemblant \u00e0 de la bruy\u00e8re. Les Aberdares \u2013 tout comme Tigoni \u2013 se situent en hauteur sur l\u2019escarpement de la vall\u00e9e du Grand Rift, \u00e0 environ 2 000 m d\u2019altitude et plus. Ce que les Britanniques ont d\u00e9couvert \u00e0 Tigoni, c\u2019\u00e9tait la for\u00eat d\u2019Aberdare, car celle-ci s\u2019\u00e9tendait autrefois tout le long de la paroi orientale de la vall\u00e9e du Grand Rift.    <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"473\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-1024x473.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-14994\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-1024x473.jpeg 1024w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-300x139.jpeg 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2-768x355.jpeg 768w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-2.jpeg 1379w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>For\u00eat de c\u00e8dres dans les Aberdares<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n<p>Les Kikuyu appelaient cette cha\u00eene de montagnes \u00ab Nyandarua \u00bb \u2013 ce nom d\u00e9rive du mot kikuyu <em>rwandarua<\/em>, qui signifie \u00ab peau en train de s\u00e9cher \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence au pli caract\u00e9ristique de sa silhouette. Le premier Europ\u00e9en \u00e0 avoir pos\u00e9 les yeux sur cette cha\u00eene fut Joseph Thomson qui, en 1884, jugea bon de la nommer en l\u2019honneur d\u2019Henry Austin Bruce,<sup>1er<\/sup> baron Aberdare, alors pr\u00e9sident de la Royal Geographical Society, qui avait soutenu l\u2019exp\u00e9dition de Thomson en Afrique de l\u2019Est. Par ailleurs, l\u2019actuel baron Aberdare (le<sup>5e<\/sup>) si\u00e8ge \u00e0 la Chambre des lords.  <\/p>\n\n<p>Lorsque les Britanniques sont arriv\u00e9s pour la premi\u00e8re fois au Kenya, le peuple kikuyu avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9. Lorsque les premiers g\u00e9om\u00e8tres arriv\u00e8rent \u00e0 Kiambu vers 1900, environ 70 % de la population locale avait p\u00e9ri lors de la <em>Ng&rsquo;aragu ya Ruraya<\/em>, la famine provoqu\u00e9e par les Europ\u00e9ens, aggrav\u00e9e par la variole et la peste bovine. Aux yeux des Britanniques, le pays semblait d\u00e9sert. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas le cas ; elle \u00e9tait en deuil.   <\/p>\n\n<p>Les g\u00e9n\u00e9rations pionni\u00e8res des Kinyanjui et des Njiriri avaient \u00e9tabli les <em>kihingo<\/em> (villages pionniers fortifi\u00e9s) les plus au sud, \u00e0 Limuru et dans les Uplands, \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle \u2013 environ un si\u00e8cle avant l&rsquo;arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens. Ce fait rendait l\u2019argument colonial de la \u00ab terre vierge \u00bb l\u00e9g\u00e8rement plus plausible que pour Murang&rsquo;a (o\u00f9 la colonisation kikuyu remontait au moins au XVIe si\u00e8cle) et explique en partie pourquoi Limuru fut si fortement vis\u00e9e par l\u2019ali\u00e9nation europ\u00e9enne. C\u2019\u00e9tait le territoire kikuyu le plus r\u00e9cemment colonis\u00e9, le moins peupl\u00e9 (en raison de la famine) et le plus vuln\u00e9rable sur le plan juridique. Dans le droit colonial britannique, les terres abandonn\u00e9es \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es comme <em>terra nullius<\/em>, disponibles pour l\u2019ali\u00e9nation par la Couronne. La catastrophe de 1898\u20131900 n\u2019\u00e9tait pas seulement un contexte de fond : c\u2019\u00e9tait la condition pr\u00e9alable qui a rendu les ali\u00e9nations possibles sans provoquer de r\u00e9sistance organis\u00e9e imm\u00e9diate. Au moment o\u00f9 les survivants de la famine sont revenus, leurs terres avaient \u00e9t\u00e9 class\u00e9es comme terres de la Couronne et conc\u00e9d\u00e9es aux colons par des baux de 99 ans (puis de 999 ans).     <\/p>\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1900, les Britanniques ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019essayer \u00e0 la culture du th\u00e9 \u00e0 Limuru. La premi\u00e8re exploitation agricole commerciale de Tigoni fut le domaine de Kiambethu, fond\u00e9 en 1910. Il se trouve juste en haut de la route o\u00f9 nous habitons. L\u2019expansion commerciale s\u2019est poursuivie dans les ann\u00e9es 1920. Mais les Kikuyu de Tigoni n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s d\u2019un seul coup. Leur d\u00e9possession s\u2019est \u00e9tal\u00e9e sur un quart de si\u00e8cle. \u00c0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1900, tout un ensemble de mesures a \u00e9t\u00e9 mis en place \u00e0 leur encontre : la taxe sur les huttes, puis l\u2019imp\u00f4t par t\u00eate, exigeant de l\u2019argent que l\u2019on ne pouvait gagner qu\u2019en travaillant pour les Europ\u00e9ens ; le permis de travail <em>(kipande)<\/em>, liant les hommes \u00e0 des employeurs sp\u00e9cifiques ; l\u2019ordonnance de 1915 sur les terres de la Couronne, qui rendait tout ce qui se trouvait en dehors des r\u00e9serves autochtones susceptible d\u2019ali\u00e9nation ; une s\u00e9rie d\u2019ordonnances sur les squatters qui ont progressivement vid\u00e9 de leur substance les accords de travail-bail dans les fermes des colons ; commission apr\u00e8s commission dont les conclusions refusaient syst\u00e9matiquement de restituer ce qui avait \u00e9t\u00e9 pris. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, les clans de Tigoni \u00e9taient encercl\u00e9s \u2013 \u00e9conomiquement, juridiquement, politiquement \u2013 et l\u2019offre qui leur fut faite n\u2019\u00e9tait pas une n\u00e9gociation. Il s\u2019agissait de la formalisation d\u2019un processus dont l\u2019issue avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e 25 ans plus t\u00f4t. On leur proposa 1,5 acre \u00e0 Lari pour chaque acre \u00e0 Tigoni. Les terres de Lari sont plus pauvres, plus arides, situ\u00e9es sous le vent de l\u2019escarpement. Certains ont accept\u00e9. Ceux qui ont refus\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s de toute fa\u00e7on, sans aucune compensation. Les premi\u00e8res familles sont arriv\u00e9es \u00e0 Lari en 1939, les derni\u00e8res en 1949. Lari se trouve un peu plus haut sur la route par rapport \u00e0 chez nous. Ce territoire comprend une extension sud des Aberdares, la for\u00eat de Gatamaiyu. Mon fils s\u2019y est rendu vendredi pour faire du paintball et de la tyrolienne. Dix-huit ans apr\u00e8s que les limites de Lari eurent \u00e9t\u00e9 trac\u00e9es, des combattants Mau Mau descendirent des Aberdares et tu\u00e8rent les anciens loyalistes qui les avaient trac\u00e9es \u2013 lors d\u2019un \u00e9v\u00e9nement tristement c\u00e9l\u00e8bre, le massacre de Lari. Les conditions de cette violence se mettaient en place, d\u00e9cennie apr\u00e8s d\u00e9cennie, le long de la route que j\u2019emprunte aujourd\u2019hui pour me rendre au travail.                  <\/p>\n\n<p>Tout autour de nous s&rsquo;\u00e9tend une mer de verdure. Ses ondulations ressemblent \u00e0 des vagues qui montent et descendent. C&rsquo;est magnifique, n&rsquo;est-ce pas ?  <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Alors que je prom\u00e8ne les chiens \u00e0 travers les plantations de th\u00e9, je traverse une petite rivi\u00e8re pour rejoindre la ferme d\u2019un voisin et je me retourne. Notre maison se perd dans le bosquet d\u2019arbres, mais je peux apercevoir les \u00ab <a>rang\u00e9es de th\u00e9 \u00bb.<\/a> La plupart des plantations de th\u00e9 par ici en ont : des rang\u00e9es de logements blanchis \u00e0 la chaux o\u00f9 vivent les cueilleurs de th\u00e9. Le matin, lorsque je quitte la maison pour aller travailler, j\u2019emprunte un petit chemin boueux et cahoteux. Sur ma gauche, je peux voir les cueilleurs travailler sous la bruine. Leurs mains s\u2019agitent rapidement tandis qu\u2019ils cueillent des pousses vert p\u00e2le, presque lumineuses, et les jettent dans des paniers \u00e0 th\u00e9 suspendus \u00e0 leur dos. Juste en bas du chemin qui part de la maison se trouve ce que nous appelons \u00ab l\u2019arbre de pes\u00e9e du th\u00e9 \u00bb. Un morceau de fil de fer pend \u00e0 l\u2019une de ses branches et, le jour de la cueillette, une balance y est accroch\u00e9e. Lorsque les cueilleurs reviennent, ils d\u00e9versent chacun leur th\u00e9 sur un morceau de toile d\u2019auvent, dont les coins sont ensuite repli\u00e9s, et l\u2019ensemble est suspendu au crochet de la balance. Le poids est alors not\u00e9, et les cueilleurs repartent vers la mer de verdure.         <\/p>\n\n<p>La cueillette du th\u00e9 est un travail p\u00e9nible. Debout sous la pluie ou sous un soleil de plomb, ils travaillent jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils aient cueilli un quadrant. Le salaire est d\u00e9risoire. Dans la r\u00e9gion rurale de Kericho, le \u00ab salaire de subsistance \u00bb s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 224 dollars am\u00e9ricains par mois. Le salaire moyen des cueilleurs de th\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve toutefois \u00e0 environ 108 dollars am\u00e9ricains par mois, soit un montant inf\u00e9rieur au salaire minimum.<a href=\"#_edn9\" id=\"_ednref9\"><sup>9<\/sup><\/a> En 2023, un documentaire d\u2019une heure de BBC Africa Eye\/Panorama intitul\u00e9 \u00ab <em>Sex for work : the true cost of our tea<\/em> \u00bb<a href=\"#_edn10\" id=\"_ednref10\"><em><sup>10<\/sup><\/em><\/a> a recueilli les t\u00e9moignages de plus de 70 femmes victimes d\u2019exploitation sexuelle syst\u00e9matique de la part de leurs sup\u00e9rieurs dans les plantations exploit\u00e9es par Unilever (devenu par la suite Lipton\/Ekaterra) et James Finlay &amp; Co. \u00e0 Kericho. La Fairtrade Foundation a qualifi\u00e9 cet \u00e9v\u00e9nement de \u00ab moment #MeToo \u00bb pour le secteur du th\u00e9.<a href=\"#_edn11\" id=\"_ednref11\"><sup>11<\/sup><\/a>     <\/p>\n\n<p>Alors, \u00e0 quoi ressemble <em>ce<\/em> paysage ? Lorsque je rentre chez moi depuis le CIFOR-ICRAF, j\u2019emprunte souvent la route qui traverse Ruaka et ses <em>matatus<\/em> <em> <\/em>Une v\u00e9ritable folie routi\u00e8re ; je tourne \u00e0 droite sur l\u2019Old Limuru Road et je grimpe la colline en passant par Banana, au milieu d\u2019une circulation encore plus chaotique. C\u2019est le chemin le plus court en distance, mais sans doute le plus long en temps. Je franchis ensuite une cr\u00eate et soudain, un oc\u00e9an de verdure s\u2019\u00e9tend devant moi, et la tension li\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019esquiver <em>ces matatus d\u00e9termin\u00e9s <\/em>\u00e0 me tuer s\u2019\u00e9vanouit comme une peau morte. Plus au nord, de gros cumulo-nimbus s\u2019amassent au-dessus de l\u2019escarpement, pr\u00eats \u00e0 d\u00e9verser des torrents sur notre petite maison et tout ce th\u00e9. La paix que procure ce panorama est r\u00e9elle, mais empreinte de culpabilit\u00e9. En le contemplant, je vois aussi Brian Short avec sa diapositive de Constable. La beaut\u00e9 du th\u00e9 masque les injustices sociales \u2013 pass\u00e9es et pr\u00e9sentes \u2013 n\u00e9cessaires \u00e0 sa production et \u00e0 son maintien.      <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Avant Alexander von Humboldt, les sciences naturelles europ\u00e9ennes s\u2019appuyaient sur la taxonomie de Linn\u00e9. Elles consid\u00e9raient la nature comme un catalogue d\u2019esp\u00e8ces distinctes, class\u00e9es selon des hi\u00e9rarchies : la vie et le vivant \u00e9taient taxonomisables. Von Humboldt se qualifiait lui-m\u00eame de \u00ab voyageur scientifique \u00bb, de \u00ab physicien de la Terre \u00bb et de \u00ab praticien de la physique du monde \u00bb. Son id\u00e9e centrale \u00e9tait d\u2019insister sur le fait qu\u2019une telle taxonomisation constituait une unit\u00e9 d\u2019analyse erron\u00e9e. Ce qui importait, c\u2019\u00e9tait le <em>r\u00e9seau<\/em> \u2014 les interconnexions entre le climat, les sols, la v\u00e9g\u00e9tation, l\u2019altitude, l\u2019hydrologie, la vie animale et l\u2019activit\u00e9 humaine qui fa\u00e7onnaient un lieu donn\u00e9. C\u2019\u00e9tait <em>l\u2019interd\u00e9pendance<\/em> des choses qui importait. Il appelait cela le <em>Naturgem\u00e4lde<\/em>, \u00ab le tableau de la nature \u00bb, et c\u2019est l\u2019anc\u00eatre conceptuel de pratiquement tous les sch\u00e9mas paysagers depuis lors. Dans <em>Cosmos ( <\/em>Vol. 1), il \u00e9crit : \u00ab La nature consid\u00e9r\u00e9e rationnellement, c\u2019est-\u00e0-dire soumise au processus de la pens\u00e9e, est une unit\u00e9 dans la diversit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes ; une harmonie, m\u00ealant toutes les choses cr\u00e9\u00e9es, aussi dissemblables soient-elles en forme et en attributs ; un grand tout anim\u00e9 par le souffle de la vie. \u00bb<sup><a href=\"#_edn12\" id=\"_ednref12\">12<\/a> <\/sup>Et cela, mes amis, ressemble fort \u00e0 <em>de l\u2019int\u00e9gration<\/em>.       <\/p>\n\n<p>L&rsquo;image la plus marquante de von Humboldt fut l&rsquo;\u00e9tonnante coupe transversale du Chimborazo, publi\u00e9e dans son <em>Essai sur la g\u00e9ographie des plantes<\/em> de 1807 : une illustration du volcan Chimborazo (en \u00c9quateur) montrant les zones de v\u00e9g\u00e9tation superpos\u00e9es en fonction de l&rsquo;altitude, avec des colonnes parall\u00e8les indiquant la temp\u00e9rature, la pression, l&rsquo;humidit\u00e9 et la r\u00e9partition des esp\u00e8ces. C&rsquo;est le prototype de la pens\u00e9e biog\u00e9ographique, et sans doute le prototype de l&rsquo;\u00e9cologie du paysage en tant que pratique visuelle. Si vous avez d\u00e9j\u00e0 dessin\u00e9 un transect, ou un diagramme en colonnes repr\u00e9sentant l&rsquo;altitude en fonction des esp\u00e8ces ou de l&rsquo;utilisation des sols, vous vous inscrivez dans la lign\u00e9e directe de Humboldt.  <\/p>\n\n<p>Von Humboldt a rejet\u00e9 la tradition cart\u00e9sienne et linn\u00e9enne qui pla\u00e7ait l\u2019homme en dehors ou au-dessus de la nature. Dans <em>*Cosmos*<\/em> (tome 1), il d\u00e9crit la nature comme \u00ab un grand tout anim\u00e9 par le souffle de la vie \u00bb. Les \u00eatres humains font partie de ce tout, ils ne lui sont pas \u00e9trangers. Il affirmait que toute description physique du monde devait inclure les cultures, les langues et la politique humaines en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments constitutifs. Von Humboldt fut probablement le premier scientifique europ\u00e9en \u00e0 affirmer, sur la base d\u2019observations empiriques, que l\u2019activit\u00e9 humaine constituait une force \u00e0 l\u2019\u00e9chelle g\u00e9ologique, capable de modifier le climat, l\u2019hydrologie et l\u2019\u00e9cologie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale et potentiellement mondiale. Il est le pr\u00e9curseur de ce que nous appelons aujourd\u2019hui la pens\u00e9e de l\u2019Anthropoc\u00e8ne, plus de 150 ans avant que Paul Crutzen ne forge ce terme.     <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"470\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-1024x470.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-14999\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-1024x470.png 1024w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-300x138.png 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1-768x352.png 768w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-1.png 1378w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>La coupe transversale du Chimborazo r\u00e9alis\u00e9e par von Humboldt, qui pr\u00e9sente les zones de v\u00e9g\u00e9tation class\u00e9es par altitude (au centre de l&rsquo;image), avec des colonnes parall\u00e8les indiquant la temp\u00e9rature, la pression, l&rsquo;humidit\u00e9 et la r\u00e9partition des esp\u00e8ces (dans les colonnes situ\u00e9es de part et d&rsquo;autre).<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n<p>Si je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 Von Humboldt, c\u2019est d\u2019une part parce que c\u2019est un type vraiment g\u00e9nial, et d\u2019autre part \u00e0 cause de ce <em>\u00ab Naturgem\u00e4lde \u00bb \u2013 <\/em>cette peinture de la nature. Lorsque j\u2019atteins la cr\u00eate en rentrant du travail, j\u2019essaie d\u2019interpr\u00e9ter le paysage qui s\u2019offre \u00e0 moi \u00e0 la mani\u00e8re de Von Humboldt. Sa coupe transversale du Chimborazo n\u2019incluait ni influences humaines ni dimensions, mais elle m\u2019inspire. Je pourrais commencer le transect au fond de la vall\u00e9e du Grand Rift \u00e0 Naivasha (prairie semi-aride, \u00e0 environ 1 890 m), remonter l\u2019escarpement de Kikuyu \u00e0 travers la for\u00eat de montagne \u00e0 Tigoni (2 100 m), jusqu\u2019\u00e0 la zone de bambous dans les Aberdares (2 500\u20133 000 m), puis vers la lande afro-alpine au sommet des Aberdares (au-dessus de 3 500 m). <em>Un Naturgem\u00e4lde<\/em> humboldtien digne d\u2019un manuel. Mais comment peindre ce tableau pour y inclure ces influences humaines ? Comment capturer, sous une forme visuelle, l\u2019autoritarisme \u00e9cologique de l\u2019humanit\u00e9 ?       <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>En mai 1950, le parc national d\u2019Aberdare a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 par le gouvernement colonial kenyan. Cela s\u2019est produit \u00e0 la veille imm\u00e9diate de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence Mau Mau (proclam\u00e9 en octobre 1952). L\u2019\u00c9tat colonial a class\u00e9 la for\u00eat d\u2019altitude comme zone prot\u00e9g\u00e9e au moment m\u00eame o\u00f9 la question des Kikuyu sans terre \u00e0 Kiambu devenait critique, o\u00f9 les expulsions de squatters de la vall\u00e9e du Rift renvoyaient des familles d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es dans des r\u00e9serves d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9es, et o\u00f9 l\u2019organisation politique qui allait donner naissance au mouvement Mau Mau s\u2019intensifiait. La cr\u00e9ation du parc a retir\u00e9 la for\u00eat montagnarde d\u2019Aberdare \u2014 historiquement utilis\u00e9e par <em>les mbari ( <\/em>clans) kikuyu pour la chasse, l\u2019apiculture, les sites rituels, les mat\u00e9riaux de construction et comme r\u00e9serve fonci\u00e8re strat\u00e9gique \u2014 de toute utilisation africaine. Combin\u00e9 au statut de terres de la Couronne dont b\u00e9n\u00e9ficiait d\u00e9j\u00e0 une grande partie de la for\u00eat de basse altitude, cela signifiait qu\u2019en 1950, l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me d\u2019Aberdare \u00e9tait presque enti\u00e8rement ferm\u00e9 aux communaut\u00e9s kikuyu qui en avaient \u00e9t\u00e9 les voisins humains les plus proches pendant des si\u00e8cles. C&rsquo;est ici que le Treetops Lodge a \u00e9t\u00e9 construit, et c&rsquo;est l\u00e0 que la princesse Elizabeth observait les \u00e9l\u00e9phants au point d&rsquo;eau sal\u00e9e situ\u00e9 en contrebas du lodge lorsque son p\u00e8re, George VI, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et qu&rsquo;elle est devenue reine.     <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Au d\u00e9but de ma carri\u00e8re, j\u2019ai travaill\u00e9 sur un vaste projet soutenu par l\u2019Union europ\u00e9enne, intitul\u00e9 \u00ab Projet de recherche sur la p\u00eache dans le lac Victoria \u00bb (nous vous proposons une autre anecdote tir\u00e9e de ce projet dans la section \u00ab Intentions non exprim\u00e9es \u00bb). L&rsquo;objectif de ce projet \u00e9tait d&rsquo;\u00e9laborer un plan de gestion des p\u00eaches de cet immense lac, en partenariat avec les instituts de recherche halieutique des trois pays qui se le partagent, ainsi qu&rsquo;avec leurs d\u00e9partements des p\u00eaches. <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"452\" height=\"338\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Kenyan-Sesse-fishing-canoes.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-15011\" style=\"width:842px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Kenyan-Sesse-fishing-canoes.png 452w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Kenyan-Sesse-fishing-canoes-300x224.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 452px) 100vw, 452px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Des pirogues de p\u00eache kenyanes de type \u00ab sesse \u00bb sur le lac Victoria, en 2001.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n<p>La majeure partie du budget consid\u00e9rable du projet \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des stocks halieutiques et \u00e0 la biologie. Cela m\u2019a sembl\u00e9 quelque peu d\u00e9routant. Si le plan \u00e9tait cens\u00e9 r\u00e9guler la mani\u00e8re dont les gens p\u00eachaient \u2013 les engins utilis\u00e9s, les lieux de p\u00eache, les p\u00e9riodes de p\u00eache, etc. \u2013, alors pourquoi la quasi-totalit\u00e9 de notre budget \u00e9tait-elle consacr\u00e9e aux stocks halieutiques ? L&rsquo;\u00e9tat des stocks de poissons ne faisait qu&rsquo;amplifier les pratiques humaines et \u00e9tait lui-m\u00eame le r\u00e9sultat de ces pratiques. Les p\u00eacheurs (seuls les hommes p\u00eachaient) ne se rendaient pas dans les zones de p\u00eache o\u00f9 les stocks avaient disparu \u2013 ce que leur intensit\u00e9 de p\u00eache avait de toute fa\u00e7on provoqu\u00e9. Tous les principes des anciennes r\u00e9glementations de la p\u00eache dans les trois pays \u00e9taient ax\u00e9s sur les pratiques : les filets maillants d\u2019une taille de maille inf\u00e9rieure \u00e0 cinq pouces \u00e9taient interdits ; les tilapias en dessous d\u2019une certaine taille devaient \u00eatre rel\u00e2ch\u00e9s. Les m\u00e9thodes de p\u00eache traditionnelles \u00e9taient autoris\u00e9es, etc. J\u2019\u00e9tais en charge des aspects \u00ab socio-\u00e9conomiques \u00bb du projet. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de travail au sein des communaut\u00e9s de p\u00eacheurs du lac, une chose \u00e9tait claire : si l\u2019on voulait changer les pratiques de p\u00eache, conna\u00eetre la taille des stocks n\u2019\u00e9tait pas particuli\u00e8rement pertinent. Les p\u00eacheurs savaient o\u00f9 se trouvaient les stocks, savaient quand ils \u00e9taient faibles, savaient que la taille moyenne des poissons diminuait, ou que les d\u00e9barquements \u00e9taient \u00e9galement en baisse. Le principe d\u2019un stock de poissons gravement menac\u00e9 n\u2019avait pas besoin d\u2019\u00e9valuations des stocks pour \u00eatre confirm\u00e9.          <\/p>\n\n<p>J\u2019ai avanc\u00e9 cet argument lors de l\u2019un de nos nombreux ateliers consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du plan. \u00ab Non ! \u00bb s\u2019est exclam\u00e9 le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019un des instituts de recherche halieutique. \u00ab Tous les p\u00eacheurs sont des menteurs ! On ne peut pas faire confiance \u00e0 ces gens. \u00bb Ce qui expliquait pourquoi une si faible part du budget \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 la recherche sur les communaut\u00e9s de p\u00eacheurs. C\u2019\u00e9tait \u00e9galement une reconnaissance explicite d\u2019un fait que j\u2019avais remarqu\u00e9 dans tous les instituts de recherche halieutique : dans tous les cas, les \u00e9quipes \u00ab socio-\u00e9conomiques \u00bb \u00e9taient minuscules \u2013 tous les autres membres du personnel \u00e9taient des sp\u00e9cialistes en biophysique. Et la supr\u00e9matie de ce dernier type de connaissances \u00e9tait \u00e9vidente. La science allait \u00e9tablir l\u2019\u00e9tat des stocks halieutiques. \u00c0 son tour, cela allait \u00e9clairer le plan de gestion des p\u00eaches. \u00c0 son tour, cela allait indiquer quelles r\u00e9glementations \u00e9taient n\u00e9cessaires. Et, \u00e0 son tour, cela allait fournir aux trois d\u00e9partements des p\u00eaches l\u2019autorit\u00e9 l\u00e9gale dont ils avaient besoin pour les mettre en \u0153uvre et les faire respecter. Peu importait que chacune de nos enqu\u00eates r\u00e9pertorie \u00e0 quel point les agents des p\u00eaches \u00e9taient corrompus et que ces m\u00eames r\u00e9glementations leur conf\u00e9raient les pouvoirs discr\u00e9tionnaires dont ils avaient besoin pour extorquer des pots-de-vin, saisir des filets et des prises en vue de leur revente. Et au final ? Le plan de gestion des p\u00eaches que nous avons \u00e9labor\u00e9 interdisait les filets maillants dont la taille des mailles \u00e9tait inf\u00e9rieure \u00e0 cinq pouces ; les tilapias en dessous d\u2019une certaine taille devaient \u00eatre rel\u00e2ch\u00e9s. Les m\u00e9thodes de p\u00eache traditionnelles \u00e9taient autoris\u00e9es, etc. Notre coordinateur de projet comprenait mes r\u00e9criminations. Mais le plan, affirmait-il, \u00e9tait le seul qui f\u00fbt politiquement possible.               <\/p>\n\n<p><a>Les p\u00eacheurs eux-m\u00eames en \u00e9taient parfaitement conscients. Le soir, assis sur les quais, les hommes me disaient spontan\u00e9ment que leurs filets \u00e9taient trop petits, qu\u2019un fond \u00e9tait en train d\u2019\u00eatre surexploit\u00e9, ou que les femmes d\u2019un certain quai achetaient des alevins qu\u2019il aurait fallu laisser grandir. Ils <em>savaient<\/em>. Cohen et Odhiambo, dans leur magnifique <em>ouvrage *Siaya : The Historical Anthropology of an African Landscape*<\/em>, d\u00e9crivent les rives du lac Luo comme un lieu o\u00f9 les bateaux \u00e9taient mis \u00e0 l\u2019eau comme des mari\u00e9es, o\u00f9 le paysage, la langue et la lign\u00e9e \u00e9taient indissociables de l\u2019eau et des poissons, et o\u00f9 les fronti\u00e8res entre l\u2019humain et le non-humain, le productif et le c\u00e9r\u00e9moniel, individuel et collectif, \u00e9taient trac\u00e9es de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle qu\u2019aurait pu tracer un agent colonial des p\u00eaches ou un indicateur de durabilit\u00e9 des ann\u00e9es 1990. Le probl\u00e8me n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 que les p\u00eacheurs manquaient de connaissances sur le syst\u00e8me dans lequel ils \u00e9taient int\u00e9gr\u00e9s. Le probl\u00e8me \u00e9tait que l\u2019appareil r\u00e9glementaire ne pouvait pas entendre ce savoir, n\u2019aurait pas su quoi en faire s\u2019il l\u2019avait entendu, et \u00e9tait institutionnellement ancr\u00e9 dans une vision selon laquelle la connaissance du syst\u00e8me \u00e9tait l\u2019apanage du r\u00e9gulateur et le r\u00f4le des p\u00eacheurs se limitait \u00e0 s\u2019y conformer.     <\/a><\/p>\n\n<p>L&rsquo;argumentation de Liz Wily concernant la foresterie communautaire en Afrique allait dans le m\u00eame sens.<a href=\"#_edn13\" id=\"_ednref13\"><sup>13<\/sup><\/a> Elle a d\u00e9montr\u00e9 que le fait de se concentrer sur l\u2019octroi aux populations locales de droits d\u2019usage sur les produits forestiers \u2013 bois de chauffage, produits forestiers non ligneux (PFNL), bois d\u2019\u0153uvre en quantit\u00e9 limit\u00e9e \u2013 tout en conservant le v\u00e9ritable pouvoir de d\u00e9cision entre les mains du service forestier de l\u2019\u00c9tat ne fonctionne pas si l\u2019objectif est la conservation des for\u00eats. Ce qu\u2019il faut, c\u2019est au contraire <em>d\u00e9centraliser<\/em> le pouvoir, et pas seulement reconna\u00eetre l\u2019usage. Cela correspondait tout \u00e0 fait \u00e0 ma lecture de la situation de la p\u00eache sur le lac Victoria. Si son travail portait sur les for\u00eats et le mien sur la p\u00eache, cela ne signifiait-il pas alors que la ressource en question \u00e9tait fondamentalement redondante ? Pas tout \u00e0 fait. Les caract\u00e9ristiques de la ressource auront bien s\u00fbr une incidence sur les pratiques humaines \u2013 les pratiques de p\u00eache n\u2019ont gu\u00e8re de sens pour les personnes qui r\u00e9coltent des PFNL. <a>Mais les pratiques<\/a>\u2013 qu\u2019il s\u2019agisse de celles des communaut\u00e9s \u00e0 petite \u00e9chelle, des agents de surveillance corrompus des p\u00eaches ou des for\u00eats, des promoteurs hydro\u00e9lectriques ou des chercheurs \u2013 me semblaient avoir bien plus d\u2019importance pour la gestion des ressources que l\u2019\u00e9tat biophysique de celles-ci \u2013 ce dernier n\u2019\u00e9tant qu\u2019un sympt\u00f4me d\u2019autre chose, quelque chose qui \u2013 \u00e0 ma connaissance \u2013 \u00e9tait rarement abord\u00e9 dans la gestion des ressources naturelles. C\u2019\u00e9tait comme si l\u2019id\u00e9e <em>d\u2019int\u00e9gration<\/em> \u00e9tait oubli\u00e9e au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019on en parlait.      <\/p>\n\n<p>La peinture telle que la con\u00e7oit Tigoni ne cesse d\u2019\u00e9voluer. Dans sa repr\u00e9sentation du Chimborazo, Von Humboldt, me semble-t-il, n\u2019a pas su int\u00e9grer la puissance de l\u2019intervention humaine dans l\u2019image. Mais, curieusement, je pense que Constable y est parvenu. Tout ce qu\u2019il percevait comme rustique, bucolique, paisible et intemporel \u00e9tait la manifestation d\u2019un type de pouvoir qu\u2019il approuvait. Je ne doute pas que Constable ait mis tout son c\u0153ur dans son \u0153uvre. \u00ab La peinture \u00bb, \u00e9crivait-il \u00e0 un ami, \u00ab n\u2019est qu\u2019un autre mot pour d\u00e9signer le sentiment \u00bb. Et la puissance que ses tableaux rendaient \u00e9tait celle qu\u2019il aimait. Et cela se voit.       <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Je me prom\u00e8ne dans une rue de Bruxelles avec mon \u00e9quipe et nos coll\u00e8gues de la Commission europ\u00e9enne. L\u2019un de nos<a>coll\u00e8gues<\/a> de la CE et moi-m\u00eame discutons de nos r\u00e9centes avanc\u00e9es en mati\u00e8re de La gestion int\u00e9gr\u00e9e des paysages (GIP). Il me fait remarquer que cela lui fait penser au <em>terroir<\/em> \u2013 une notion qui trouve principalement son origine dans la viticulture. J\u2019ai honte de l\u2019avouer, mais je n\u2019avais jamais entendu parler de ce concept. Apr\u00e8s le d\u00eener, je me d\u00e9p\u00eache de rentrer \u00e0 notre Airbnb et je commence \u00e0 me renseigner. Notre coll\u00e8gue de la CE a eu raison d\u2019aborder ce sujet, car c\u2019est un excellent concept.     <\/p>\n\n<p>J&rsquo;apprends que le terme <em>\u00ab terroir \u00bb<\/em> est sujet \u00e0 controverse. La position officielle de l&rsquo;Institut national de l&rsquo;origine et de la qualit\u00e9 (INOQ) en France, ainsi que le fondement juridique du syst\u00e8me des appellations d&rsquo;origine contr\u00f4l\u00e9es (AOC), d\u00e9finissent <em>le terroir<\/em> comme, en substance, la combinaison unique du sol, du climat, de la topographie et du c\u00e9page. Cette formulation, reprise dans tous les textes d\u2019introduction au vin fran\u00e7ais, traite la pratique humaine soit comme un \u00e9l\u00e9ment sans rapport avec <em>le terroir<\/em>, soit comme quelque chose de distinct qui \u00ab exprime \u00bb <em>le terroir<\/em> sans en faire partie. Le vigneron est le m\u00e9dium ; <em>le terroir<\/em> est le message.   <\/p>\n\n<p>Mais ! D\u2019autres diront qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une construction culturelle contest\u00e9e, d\u2019un discours h\u00e9g\u00e9monique qui, \u00e0 la fois, naturalise et efface le travail humain qui l\u2019a produit.<a href=\"#_edn14\" id=\"_ednref14\"><sup>14<\/sup><\/a> L\u2019Organisation internationale de la vigne et du vin (l\u2019organisme international du vin) partage cet avis. En 2010, elle a adopt\u00e9 une nouvelle d\u00e9finition officielle qui int\u00e8gre explicitement la dimension humaine. Le terroir, dit-elle, est \u00ab une zone dans laquelle se d\u00e9veloppe une connaissance collective des interactions entre l\u2019environnement physique et biologique identifiable et les pratiques vitivinicoles appliqu\u00e9es, conf\u00e9rant des caract\u00e9ristiques distinctives aux produits originaires de cette zone \u00bb.<a href=\"#_edn15\" id=\"_ednref15\"><sup>15<\/sup><\/a> Ici, la pratique humaine est constitutive, et non externe. <em>Le terroir<\/em> n\u2019est plus une <em>chose<\/em> (une parcelle de terre avec ses sols et son climat), mais un <em>lieu de formation collective des connaissances<\/em> sur l\u2019interaction entre l\u2019environnement et la pratique.   <\/p>\n\n<p>Une union, une fusion ou un entrelacement. Chaque gorg\u00e9e de vin peut transmettre l\u2019humanit\u00e9 \u2013 tradition, culture, <em>savoir-faire \u2013 <\/em>qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ation. Une incarnation liquide.  <\/p>\n\n<p>Cela n&rsquo;est pas si \u00e9loign\u00e9 de la mani\u00e8re dont les Chinois produisent leur th\u00e9. L&rsquo;environnement biophysique est tr\u00e8s vari\u00e9 et reconnu comme tel. Des vari\u00e9t\u00e9s de th\u00e9 sp\u00e9cifiques sont \u00e9troitement associ\u00e9es \u00e0 des lieux pr\u00e9cis : le Longjing (Puits du Dragon) aux collines du lac de l&rsquo;Ouest autour de Hangzhou ; le Bi Luo Chun avec la montagne Dongting sur le lac Tai Hu dans le Jiangsu ;<em>le Pu&rsquo;er<\/em> avec les anciennes for\u00eats de th\u00e9 du sud du Yunnan, etc. Un m\u00eame c\u00e9page cultiv\u00e9 dans un lieu diff\u00e9rent produit un th\u00e9 diff\u00e9rent, et les d\u00e9gustateurs de th\u00e9 chinois exp\u00e9riment\u00e9s affirment \u00eatre capables d&rsquo;identifier la provenance \u00e0 l&rsquo;aveugle, tout comme le pr\u00e9tendent les d\u00e9gustateurs de vin. La g\u00e9omorphologie, les sols, l\u2019altitude, le r\u00e9gime de brume et l\u2019exposition ont tous leur importance, et la culture chinoise du th\u00e9 poss\u00e8de depuis des si\u00e8cles des noms pour d\u00e9signer ces \u00e9l\u00e9ments du terroir.    <\/p>\n\n<p>Les pratiques utilis\u00e9es sont d\u2019une extraordinaire complexit\u00e9 et propres \u00e0 chaque r\u00e9gion. La tradition chinoise du th\u00e9 se distingue des autres traditions mondiales en ce qu\u2019elle produit les six cat\u00e9gories de th\u00e9 (vert, blanc, jaune, oolong, noir, noir\/post-ferment\u00e9) \u00e0 partir de la m\u00eame esp\u00e8ce v\u00e9g\u00e9tale, <em>le Camellia sinensis<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 diff\u00e9rentes techniques de transformation. Chaque cat\u00e9gorie poss\u00e8de son propre protocole de transformation \u2014 fl\u00e9trissage, froissement, oxydation, fixation, roulage, s\u00e9chage, torr\u00e9faction, vieillissement \u2014 et, au sein de chaque cat\u00e9gorie, il existe des variations sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque terroir d\u2019une subtilit\u00e9 remarquable. La transformation n\u2019est pas seulement une transformation de la mati\u00e8re premi\u00e8re ; c\u2019est un facteur d\u00e9terminant de ce <em>qu\u2019est<\/em> le th\u00e9.   <\/p>\n\n<p>Mais, \u00e0 Tigoni, le th\u00e9 est un produit de grande consommation. Ah, si seulement on y adoptait un mod\u00e8le similaire \u00e0 celui de la Chine ! Si cet oc\u00e9an vert \u00e9tait une <em>mosa\u00efque de <\/em>petits exploitants, chacun mettant \u00e0 profit le savoir-faire transmis par ses parents, chaque paquet de th\u00e9 indiquant son origine ainsi que la cr\u00e9ativit\u00e9 et la tradition qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa production. Mais il n\u2019en est rien. Le th\u00e9 de Tigoni est le fruit de la colonisation, de la d\u00e9possession et de l\u2019enclosure \u2013 des interventions qui ont servi \u00e0 <em>d\u00e9sint\u00e9grer<\/em>un syst\u00e8me <em>communautaire<\/em> complexe et fonctionnel d\u2019utilisation et de tenure des terres.    <\/p>\n\n<p>Le <em>g\u0129thaka<\/em> (pluriel : <em>ithaka<\/em>) kikuyu de l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9coloniale correspondait au <em>domaine mbari <\/em>. Il s\u2019agit de l\u2019un des exemples historiques les plus \u00e9vidents d\u2019un syst\u00e8me foncier int\u00e9gr\u00e9, alliant paysage et pratiques, qui fonctionnait comme un bien commun \u2014 avec une appartenance d\u00e9limit\u00e9e, des droits d\u2019acc\u00e8s \u00e0 plusieurs niveaux, des obligations de redistribution, des r\u00e9serves foresti\u00e8res d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es, une responsabilit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle et une gouvernance assur\u00e9e par un conseil des anciens \u2014 et non comme la ressource en libre acc\u00e8s que l\u2019\u00c9tat colonial croyait avoir d\u00e9couverte.<a href=\"#_edn16\" id=\"_ednref16\"><sup>16<\/sup><\/a> <em><sup> <\/sup><\/em>L&rsquo;histoire <em>du g\u0129thaka<\/em>\u00e9tait celle <em>du mbari<\/em>, les r\u00e9cits fondateurs racontant comment l&rsquo;anc\u00eatre fondateur l&rsquo;avait acquis. Le principe essentiel soulign\u00e9 par Leakey, et confirm\u00e9 plus tard par Muriuki, \u00e9tait que tout membre <em>du mbari<\/em> poss\u00e9dant plus de terres qu\u2019il n\u2019en avait besoin avait l\u2019obligation positive de les partager avec les membres qui en manquaient v\u00e9ritablement \u2014 au minimum par le biais de droits de culture. Ce syst\u00e8me reposait sur une \u00e9thique de redistribution forte qui lui conf\u00e9rait un fonctionnement de type commun, m\u00eame si le r\u00e9gime foncier sous-jacent \u00e9tait fond\u00e9 sur la lign\u00e9e.  <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Il existe une interaction r\u00e9ciproque (pour reprendre un terme issu du monde du th\u00e9) entre l\u2019humanit\u00e9 et les ressources dont elle d\u00e9pend. Je conc\u00e8de que l\u2019humanit\u00e9 ne d\u00e9termine pas la tectonique. C\u2019est ce que l\u2019humanit\u00e9 fait de la tectonique qui importe ici. Et j\u2019en reviens \u00e0 mon argument pr\u00e9c\u00e9dent : pourquoi, si nous essayons de changer la fa\u00e7on dont les gens exploitent les poissons, \u00e9tudions-nous les poissons ? Pourquoi, si nous essayons de changer la fa\u00e7on dont les gens utilisent une for\u00eat, enverrions-nous une arm\u00e9e de dendrologues ? Pourquoi, lorsque nous nous inqui\u00e9tons de la mani\u00e8re dont l\u2019eau est g\u00e9r\u00e9e (par les humains), confierions-nous aux hydrologues la responsabilit\u00e9 de changer cela ? Et, comme le reconnaissent les arguments en faveur de la reconnaissance d\u2019une nouvelle \u00e9poque g\u00e9ologique, la relation entre les humains et la surface de la Terre n\u2019est pas une relation d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal. Par cons\u00e9quent, l\u2019Anthropoc\u00e8ne reconna\u00eet qui a le dessus dans cette relation tendue.       <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Les chiens et moi continuons \u00e0 marcher le long du sentier, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on peut monter dans la plantation de th\u00e9. Juste ici, il y a un talus de terre rouge \u00e0 nu. Les gu\u00eapiers y creusent des galeries o\u00f9 ils nichent. Nous nous arr\u00eatons pour observer, dans l\u2019espoir de voir \u00e9merger l\u2019une de ces cr\u00e9atures aux couleurs \u00e9clatantes. Mais aucune ne se montre. Les adultes sont tous perch\u00e9s sur des brindilles des <em>eucalyptus<\/em> situ\u00e9s en face. C\u2019est une autre dimension, bien s\u00fbr : la v\u00e9g\u00e9tation comme colonisation. Les Britanniques ont introduit ici les eucalyptus bleus d\u2019Australie, ainsi que les ch\u00eanes argent\u00e9s d\u2019Australie ; dans notre ferme, ils servent de brise-vent. Je remonte le sentier, notre grand danois trottant devant moi, le teckel filant sous les buissons de th\u00e9, \u00e0 la recherche de la source des bruissements. Une centaine de m\u00e8tres plus loin, nous arrivons \u00e0 une clairi\u00e8re circulaire. C\u2019est ici qu\u2019il y avait autrefois un \u00c9NORME <em>m\u016bgumo <\/em>. Il s\u2019agit d\u2019un figuier \u00e9trangleur (<em>Ficus thonningii<\/em>, pour \u00eatre pr\u00e9cis selon la nomenclature de Linn\u00e9). Il a grimp\u00e9 sur un autre arbre, s\u2019en servant de b\u00e9quille pour s\u2019\u00e9lever vers le ciel et la lumi\u00e8re, avant de l\u2019\u00e9trangler jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il rende l\u2019\u00e2me. Ses longues racines volubiles ont atteint le sol et s\u2019y sont enfonc\u00e9es ; les espaces entre elles se sont progressivement combl\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un tronc impressionnant se forme. Mais au centre, ces arbres sont g\u00e9n\u00e9ralement creux \u2013 le vide laiss\u00e9 par l\u2019arbre d\u2019origine. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de celui-ci, il y avait une \u00ab grotte \u00bb \u2013 un espace qui ne s\u2019\u00e9tait jamais combl\u00e9, qui nous permettait de ramper \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et de lever les yeux vers la cavit\u00e9 au-dessus de nous. Lorsque nous promenions les chiens, nous nous arr\u00eations souvent ici pour nous reposer parmi ses racines et admirer son immense cime. C\u2019\u00e9tait vraiment un arbre remarquable.                 <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"460\" src=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-3-1024x460.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15007\" srcset=\"https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-3-1024x460.jpeg 1024w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-3-300x135.jpeg 300w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-3-768x345.jpeg 768w, https:\/\/landscapesfuture.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/image-3.jpeg 1321w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Le grand m\u016bgumo <\/em><em> avant qu&rsquo;il ne tombe.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n<p>Les fermes des environs comptent toutes de nombreux <em>m\u016bgumo<\/em>. \u00c0 Tigoni, ils sont assez courants. Et il y a sans doute une raison \u00e0 cela : les abattre pour faire place au th\u00e9 \u00e9tait, m\u00eame aux yeux des colons, aller trop loin. Le <em>m\u016bgumo est <\/em>l\u2019architecture survivante d\u2019une cosmologie dans laquelle la terre, la lign\u00e9e, le rituel et l\u2019autorit\u00e9 formaient un syst\u00e8me unique <em>et int\u00e9gr\u00e9<\/em>.<a href=\"#_edn17\" id=\"_ednref17\">[17]<\/a> On consid\u00e9rait que <em>Ngai<\/em>, la divinit\u00e9 supr\u00eame des Kikuyu, r\u00e9sidait sur le mont Kenya \u2014 Kirinyaga, \u00ab le lieu de la luminosit\u00e9 \u00bb, ainsi nomm\u00e9 en raison de la neige qui recouvre ses sommets. La divinit\u00e9, la montagne et le peuple n\u2019\u00e9taient pas li\u00e9s par des relations ; ils constituaient les aspects d\u2019un m\u00eame ensemble. Les fermes \u00e9taient construites avec leurs portes tourn\u00e9es vers le Kirinyaga ; les morts \u00e9taient enterr\u00e9s face aux sommets ; les premiers humains avaient \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s par <em>Ngai<\/em> sous un <em>m\u016bgumo<\/em> \u00e0 <em>M\u0169k\u0169rwe wa Nyagathanga<\/em>, \u00e0 Murang&rsquo;a, et de leurs neuf filles descendaient les neuf clans kikuyu. Les anciens se r\u00e9unissaient sous le <em>m\u016bgumo<\/em>, des sacrifices \u00e9taient offerts \u00e0 <em>Ngai et <\/em>des serments y \u00e9taient pr\u00eat\u00e9s. Les limites du <em>g\u0129thaka<\/em> \u00e9taient marqu\u00e9es par <em>des m\u016bgumo<\/em>.       <\/p>\n\n<p>\u00catre coup\u00e9 du <em>g\u0129thaka<\/em> ne signifiait donc pas seulement perdre une ressource \u00e9conomique. C&rsquo;\u00e9tait \u00eatre s\u00e9par\u00e9 de ses grands-parents, du lieu o\u00f9 sa lign\u00e9e avait vu le jour, de l&rsquo;architecture <em>que Ngai<\/em> avait mise en place pour la pri\u00e8re. M\u00eame le nom \u00ab Kikuyu \u00bb d\u00e9rive de cette racine li\u00e9e au figuier, <em>g\u0129k\u0169y\u0169<\/em> signifiant \u00ab grand figuier \u00bb \u2014 les Kikuyu sont, selon cette \u00e9tymologie, le peuple du grand figuier. La d\u00e9possession coloniale fut une catastrophe th\u00e9ologique tout autant qu\u2019\u00e9conomique.   <\/p>\n\n<p>Les arbres qui pars\u00e8ment la plantation de th\u00e9 de Tigoni sont sans doute des vestiges <em>de g\u0129thaka<\/em>, des rep\u00e8res datant d\u2019avant l\u2019arriv\u00e9e des Britanniques \u00e0 Tigoni. Wangari Maathai a \u00e9voqu\u00e9 avec \u00e9motion <em>les m\u016bgumo<\/em> dans ses m\u00e9moires, <em>*Unbowed*<\/em>: ces arbres ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans son enfance \u00e0 Nyeri et dans le vocabulaire symbolique du Mouvement de la Ceinture verte. <\/p>\n\n<p>Mais une violente temp\u00eate s\u2019est alors abattue sur nous. Les racines du <em>m\u016bgumo sont <\/em>radiales et non pivotantes. Son tronc est si imposant que c\u2019est cette large base qui lui permet de rester debout, et non la profondeur \u00e0 laquelle ses racines s\u2019enfoncent. Du jour au lendemain, alors que les vents hurlaient, il s\u2019est renvers\u00e9. Lorsque nous l\u2019avons trouv\u00e9, je me suis arr\u00eat\u00e9 pour l\u2019observer, prenant conscience des cons\u00e9quences de cet effondrement sur les champs de th\u00e9. Les plus petits ont surv\u00e9cu \u2013 en effet, \u00e0 travers les champs que les chiens et moi avons parcourus, nous n\u2019avons vu aucun autre arbre s\u2019\u00eatre effondr\u00e9.     <\/p>\n\n<p>Quand un <em>m\u016bgumo <\/em>meurt, on dit que c&rsquo;est la fin d&rsquo;une \u00e9poque. Le devin kikuyu Mugo wa Kibiru avait pr\u00e9dit que les colons britanniques partiraient si un certain <em>m\u016bgumo <\/em>de Thika venait \u00e0 mourir. Ses paroles inqui\u00e9t\u00e8rent les Britanniques, qui redoutaient la port\u00e9e symbolique que rev\u00eatirait la mort de cet arbre. Ils le prot\u00e9g\u00e8rent \u00e0 l\u2019aide de barres m\u00e9talliques et d\u2019un anneau de fer rempli de terre \u2013 dont les vestiges se trouvent encore \u00e0 Thika. Mais l\u2019arbre fut frapp\u00e9 par la foudre en 1963, l\u2019ann\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance du Kenya.<a href=\"#_edn18\" id=\"_ednref18\"><sup>18<\/sup><\/a>    <\/p>\n\n<p>Ainsi, au milieu de cette mer de verdure, les <em>m\u016bgumo constituent <\/em>autant d\u2019\u00eelots culturels. C\u2019est magnifique, n\u2019est-ce pas ? <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Les Kikuyu \u00e9tant soumis \u00e0 une pression aussi intense, la cr\u00e9ation du mouvement Mau Mau n\u2019aurait vraiment pas d\u00fb constituer la surprise qu\u2019elle a apparue \u00eatre pour les Britanniques. L\u2019ironie de la cr\u00e9ation du parc national d\u2019Aberdare est qu\u2019il est devenu un bastion des Mau Mau. En 1954, ils ont incendi\u00e9 le Treetops Lodge, huit mois seulement apr\u00e8s que la princesse y soit devenue reine. Entre 1953 et 1954, les Britanniques bombard\u00e8rent sans rel\u00e2che les Aberdares, en se concentrant sur le \u00ab Salient \u00bb \u2013 un \u00ab bras \u00bb du parc s\u2019avan\u00e7ant vers l\u2019est. En 1956, les Mau Mau \u00e9taient vaincus, mais l\u2019un de leurs chefs, Dedan Kimathi, \u00e9tait toujours en fuite, se cachant dans les Aberdares. Il \u00e9tait talonn\u00e9 par un officier de police, Ian Henderson, qui menait une \u00ab chasse obsessionnelle \u00bb pour capturer ou tuer sa proie.<a href=\"#_edn19\" id=\"_ednref19\"><sup>19<\/sup><\/a> Henderson a r\u00e9dig\u00e9 un r\u00e9cit de sa traque du chef mau-mau, \u00ab l\u2019histoire stup\u00e9fiante derri\u00e8re la capture du plus brutal et du plus fanatique de tous les chefs mau-mau \u00bb. \u00ab Longtemps apr\u00e8s que l\u2019\u00e9pine dorsale du soul\u00e8vement eut \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e, il [Kimathi] restait en fuite, errant \u00e0 travers les for\u00eats denses avec sa redoutable garde du corps compos\u00e9e de voyous \u00e0 moiti\u00e9 fous. Il ne pouvait y avoir de paix tant qu\u2019il \u00e9tait libre de tuer et de piller. \u00bb<a href=\"#_edn20\" id=\"_ednref20\"><sup>20<\/sup><\/a>     <\/p>\n\n<p>Les bombardements sur les Aberdares n\u2019ayant pas tu\u00e9 l\u2019homme, Henderson s\u2019est alors tourn\u00e9 vers l\u2019analyse de ses d\u00e9placements et de ses habitudes, en menant divers interrogatoires aupr\u00e8s de d\u00e9tenus Mau Mau. Il a ainsi appris que Kimathi priait quotidiennement sous un <em>arbre m\u016bgumo <\/em>. Mais lequel ? Henderson r\u00e9pertoria tous les <em>m\u016bgumo des <\/em>Aberdares \u2013 une quarantaine <em>d\u2019 <\/em>arbres \u2013 puis s\u00e9lectionna un sous-ensemble de huit sp\u00e9cimens particuli\u00e8rement imposants qu\u2019il jugea susceptibles d\u2019attirer Kimathi, et les surveilla. La surveillance elle-m\u00eame fut longue et sinistre : les soldats commenc\u00e8rent \u00e0 surveiller Kimathi, esp\u00e9rant que le combattant de la libert\u00e9 \u00ab leur ferait l\u2019honneur d\u2019une visite \u00bb. Sur le sol de la for\u00eat, personne ne bougeait ni ne parlait. \u00ab Dans ces m\u00eames positions, pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel de la nature, ils se retournaient lentement sur le dos et creusaient un petit trou dans le sol meuble de la for\u00eat avec leurs doigts. \u00bb    <a href=\"#_edn21\" id=\"_ednref21\"><sup>21<\/sup><\/a><\/p>\n\n<p>La surveillance a \u00e9chou\u00e9. Finalement, Kimathi est sorti de la for\u00eat le 21 octobre 1956, deux mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec des op\u00e9rations de surveillance. Il avait \u00e9t\u00e9 contraint de sortir par la faim et par le cercle de s\u00e9curit\u00e9 qui ne cessait de se r\u00e9tr\u00e9cir, et fut captur\u00e9 \u00e0 la lisi\u00e8re de la for\u00eat pr\u00e8s d\u2019Ihururu, dans la r\u00e9serve kikuyu, bien en dehors de la zone o\u00f9 s\u2019\u00e9tait concentr\u00e9e l\u2019op\u00e9ration <em>\u00ab m\u016bgumo \u00bb<\/em> de Henderson. Alors qu\u2019il tentait de s\u2019enfuir, un agent de la police tribale kikuyu, Ndirangu Mau, a tir\u00e9 sur Kimathi \u00e0 la jambe. Les Britanniques firent grand cas de sa capture \u2013 tout en s\u2019effor\u00e7ant de dissimuler le fait que c\u2019\u00e9tait Ndirangu Mau, et non Henderson, qui avait captur\u00e9 l\u2019insurg\u00e9. Kimathi fut ex\u00e9cut\u00e9 \u00e0 la prison de Kamiti le 18 f\u00e9vrier 1957.     <\/p>\n\n<p>L\u2019\u00c9tat colonial avait compris, \u00e0 juste titre, que le paysage et la religion \u00e9taient intimement li\u00e9s chez les Kikuyu \u2014 que le figuier sacr\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas seulement un arbre, mais un n\u0153ud de sens au sein d\u2019un paysage relationnel. L\u2019op\u00e9ration men\u00e9e par Henderson constituait, \u00e0 sa mani\u00e8re, un travail sophistiqu\u00e9 de renseignement culturel : il avait compris que la survie militaire de Kimathi d\u00e9pendait de sa vie rituelle, et que cette vie rituelle d\u00e9pendait d\u2019arbres sp\u00e9cifiques situ\u00e9s \u00e0 des endroits pr\u00e9cis. <\/p>\n\n<p>Mais cette op\u00e9ration a \u00e9galement mis en \u00e9vidence les limites de cette reconnaissance. Henderson pouvait cartographier les <em>m\u016bgumo<\/em><em>,<\/em> mais il ne pouvait pas pr\u00e9dire lequel Kimathi allait visiter, car ce choix n\u2019\u00e9tait ni al\u00e9atoire ni lisible de l\u2019ext\u00e9rieur. La relation de Kimathi avec des arbres particuliers \u00e9tait une relation qu\u2019il entretenait avec <em>Ngai ( <\/em>Dieu), m\u00e9diatis\u00e9e par une vie enti\u00e8re de pratiques rituelles kikuyu qu\u2019aucune carte ne pouvait saisir. Le regard cartographique colonial pouvait voir les arbres, mais pas la for\u00eat \u2013 leur signification. Les 40 <em>m\u016bgumo<\/em> figurant sur la carte n\u2019\u00e9taient pas, du point de vue kikuyu, des emplacements \u00e9quivalents pouvant faire l\u2019objet d\u2019un \u00e9chantillonnage statistique.    <\/p>\n\n<p>Le <em>m\u016bgumo<\/em> que les Britanniques n\u2019ont pas su trouver \u00e9tait, en quelque sorte, du m\u00eame ordre que le <em>g\u0129thaka<\/em> qu\u2019ils n\u2019ont pas su reconna\u00eetre en 1900 : un n\u0153ud de sens africain que le <a>regard colonial pouvait voir, mais pas d\u00e9chiffrer.<\/a> La carte de Henderson repr\u00e9sentant 40 figuiers et la carte des g\u00e9om\u00e8tres de 1903 indiquant des \u00ab terres vides \u00bb sont des fragments d\u2019un m\u00eame document colonial, s\u00e9par\u00e9s par un demi-si\u00e8cle mais commettant la m\u00eame erreur d\u2019interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n<p><a>L\u2019\u0153uvre de von Humboldt<\/a>trouve un \u00e9cho \u00e0 travers les si\u00e8cles. La g\u00e9ographie reconna\u00eet depuis longtemps que les espaces (quels qu\u2019ils soient, y compris les paysages) constituent des ensembles int\u00e9gr\u00e9s. Le <em>Naturgem\u00e4lde<\/em> humboldtien en fut une premi\u00e8re tentative ; le concept de communaut\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle en fut une deuxi\u00e8me ; la th\u00e9orie de l\u2019assemblage, s\u2019inspirant de Deleuze, Guattari et DeLanda, en est la plus r\u00e9cente. La pens\u00e9e de l\u2019assemblage a accompli un travail v\u00e9ritablement utile : elle a insist\u00e9 sur le fait que les paysages sont h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, multi-\u00e9chelles, constitu\u00e9s mat\u00e9riellement et symboliquement, et toujours partiellement en transition. Mais elle a \u00e9galement pein\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un vocabulaire op\u00e9rationnel pour les praticiens qui tentent de g\u00e9rer des paysages concrets, et a parfois r\u00e9duit les questions de pouvoir \u00e0 une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 indiff\u00e9renci\u00e9e.    <\/p>\n\n<p>Notre <em>guide de la GIP<\/em> prend une direction diff\u00e9rente. Alors que la th\u00e9orie de l\u2019assemblage se contente de d\u00e9crire, la pens\u00e9e syst\u00e9mique \u2013 en particulier celle qui s\u2019appuie sur la science de la complexit\u00e9 \u2013 d\u00e9crit dans le but d\u2019intervenir. Le langage syst\u00e9mique nous fournit des termes pour d\u00e9signer les \u00e9tats, les transitions, les points d\u2019influence, les boucles de r\u00e9troaction, les changements de r\u00e9gime et les propri\u00e9t\u00e9s \u00e9mergentes avec lesquels les praticiens peuvent r\u00e9ellement travailler. Il a \u00e9galement une longue tradition consistant \u00e0 placer les questions politico-\u00e9conomiques au centre de l\u2019analyse plut\u00f4t qu\u2019en marge.   <\/p>\n\n<p>Si nous adoptons le langage des syst\u00e8mes pour le Playbook, ce n\u2019est pas parce que la th\u00e9orie de l\u2019assemblage est erron\u00e9e, mais parce que la mission que le Playbook s\u2019efforce d\u2019accomplir \u2014 aider ceux qui s\u2019efforcent de bien g\u00e9rer les paysages, en temps r\u00e9el et avec des cons\u00e9quences concr\u00e8tes \u2014 est mieux servie par un vocabulaire qui a fait ses preuves dans la pratique de la gestion depuis un demi-si\u00e8cle. Le pari de Humboldt \u00e9tait que les paysages ne pouvaient \u00eatre compris que de mani\u00e8re holistique. Le pari du Playbook est que la pens\u00e9e syst\u00e9mique, \u00e9clair\u00e9e par la science de la complexit\u00e9, constitue le vecteur contemporain le plus utile sur le plan op\u00e9rationnel pour parvenir \u00e0 cette compr\u00e9hension holistique.  <\/p>\n\n<p><a>Il est important de noter que la pens\u00e9e syst\u00e9mique n&rsquo;est pas l&rsquo;apanage exclusif de la science de la complexit\u00e9 nordique. Arturo Escobar   <\/a><em>Les \u00ab Designs for the pluriverse \u00bb<\/em> (Colombie), la critique de Vandana Shiva<em>dans *Monocultures of the mind*<\/em> (Inde), l\u2019argumentation de Catherine Odora Hoppers en faveur de la justice cognitive (Ouganda\/Afrique du Sud), ainsi que l\u2019ouvrage <em>Autopo\u00ef\u00e8se<\/em><em> et cognition<\/em> de Maturana et Varela (Chili) sont autant de formulations avec lesquelles le Playbook entre en dialogue \u2014 autant de vocabulaires diff\u00e9rents pour un m\u00eame projet : celui de retrouver des modes int\u00e9gr\u00e9s de connaissance du monde face aux forces r\u00e9ductionnistes qui les d\u00e9mant\u00e8lent syst\u00e9matiquement.<\/p>\n\n<p>Ce choix \u2014 privil\u00e9gier la pens\u00e9e syst\u00e9mique plut\u00f4t que l\u2019assemblage \u2014 n\u2019est pas seulement m\u00e9thodologique. Il est \u00e9galement politique. Le travail paysager int\u00e9gr\u00e9 que soutient le Playbook se d\u00e9roule, le plus souvent, dans des territoires o\u00f9 l\u2019\u00c9tat postcolonial n\u2019est lui-m\u00eame qu\u2019une continuation de la d\u00e9possession coloniale sous une nouvelle direction. Le Tigoni que je traverse chaque jour a \u00e9t\u00e9 ali\u00e9n\u00e9 par les Britanniques et est aujourd\u2019hui r\u00e9ali\u00e9n\u00e9 par les \u00e9lites kenyanes \u2013 des propri\u00e9taires fonciers <a>diff\u00e9rents<\/a>, une logique similaire. Les cueilleurs dans les plantations de th\u00e9 sont pay\u00e9s en dessous du salaire minimum par des entreprises qui ne sont plus Brooke Bond, mais qui restent, \u00e0 bien des \u00e9gards, Brooke Bond. L\u2019\u00c9tat qui a class\u00e9 les Aberdares comme zone de conservation en 1950 avant de les bombarder les entoure aujourd\u2019hui d\u2019une cl\u00f4ture \u00e9lectrifi\u00e9e de 400 km \u2013 m\u00eame enclos, \u00e9quipement diff\u00e9rent. Dans ce contexte, la gouvernance int\u00e9gr\u00e9e des paysages ne peut pas consid\u00e9rer l\u2019\u00c9tat comme un int\u00e9grateur neutre. Le vocabulaire de la pens\u00e9e syst\u00e9mique adopt\u00e9 par le Playbook traite la politique-\u00e9conomie de ceux qui contr\u00f4lent un paysage comme un \u00e9l\u00e9ment constitutif de l\u2019analyse, et non comme un simple contexte. Ce qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 la derni\u00e8re ligne droite.        <\/p>\n\n<p>\u00c0 Tigoni, les fils des traditions \u2013 de ce que les gens font et ont fait \u2013 se prolongent jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Je conduis prudemment entre plusieurs voitures mal gar\u00e9es au bord de la plantation de th\u00e9. Leurs occupants se prennent en photo les uns les autres, avec la plantation en toile de fond. \u00ab C\u2019est magnifique, n\u2019est-ce pas ? \u00bb, entends-je l\u2019une d\u2019elles s\u2019exclamer \u00e0 l\u2019intention de ses amies. Alors que je m\u2019engage sur le chemin menant \u00e0 la petite maison, des enfants qui vivent dans les rang\u00e9es de th\u00e9iers en face crient et me font signe. Leurs voix s\u2019\u00e9teignent \u00e0 mesure que l\u2019oc\u00e9an vert se referme derri\u00e8re moi. J\u2019arr\u00eate la voiture et sors pour ouvrir le portail ; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, les chiens bondissent avec enthousiasme. Je contemple la plantation de th\u00e9. De l\u00e0 o\u00f9 je me trouve, je peux voir la cicatrice parmi les buissons, l\u00e0 o\u00f9 se dressait <em>autrefois <\/em>le grand <em>m\u016bgumo <\/em>. Nous en avons plusieurs dans notre enceinte \u2013 de grands, mais loin d\u2019\u00eatre aussi imposants. Le conflit qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 ce lieu extraordinaire \u00e9tait odieux. Et maintenant ? De nouvelles \u00e9lites ont pris le pouvoir, les colons britanniques ayant \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des colons kenyans. Ng\u0169g\u0129 wa Thiong&rsquo;o, sans doute la plus grande figure litt\u00e9raire du Kenya, a d\u00e9crit de mani\u00e8re saisissante comment les \u00c9tats africains postcoloniaux ont poursuivi le projet colonial de r\u00e9pression culturelle et linguistique, les langues des \u00e9lites (anglais, fran\u00e7ais, le portugais) et les langues des \u00c9tats des plaines (l\u2019amharique en \u00c9thiopie ou le wolof au S\u00e9n\u00e9gal) rempla\u00e7ant les langues indig\u00e8nes locales comme vecteurs du pouvoir d\u2019\u00c9tat, de l\u2019\u00e9ducation et de l\u2019\u00e9conomie. <a href=\"#_edn22\" id=\"_ednref22\">[22]<\/a> Frantz Fanon a pr\u00e9dit avec une pr\u00e9cision troublante que l\u2019\u00e9lite africaine postcoloniale h\u00e9riterait de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat colonial et s\u2019en servirait pour instaurer une nouvelle oppression s\u2019inscrivant dans la continuit\u00e9 de l\u2019ancienne. <a href=\"#_edn23\" id=\"_ednref23\"><sup>23<\/sup><\/a> Wa Thiong\u2019o a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison de haute s\u00e9curit\u00e9 de Kamiti, o\u00f9 Kimathi avait \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 \u2013 un \u00e9tablissement conserv\u00e9 par le gouvernement post-ind\u00e9pendance qui, \u00e0 l\u2019instar du gouvernement colonial, y emprisonnait \u00e9galement des prisonniers politiques. Wa Thiong\u2019o s\u2019occupait en se consacrant \u00e0 divers projets, parmi lesquels l\u2019\u00e9criture de son premier roman en gikuyu, <em>*Caitaani m\u0169tharaba-In\u0129* ( <\/em><em>Le Diable sur la croix<\/em>), sur du papier toilette fourni par la prison.<a href=\"#_edn24\" id=\"_ednref24\"><sup>24<\/sup><\/a> L\u2019ann\u00e9e qu\u2019il a pass\u00e9e ici l\u2019a \u00e9galement inspir\u00e9 pour \u00e9crire la pi\u00e8ce <em>The trial of Dedan Kimathi ( <\/em>1976). Parmi les autres personnes qui y ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenues, on peut citer Kenneth Matiba, Koigi wa Wamwere et Jonah Anguka.               <\/p>\n\n<p>De nouveaux paysages en devenir, des paysages en constante \u00e9volution, des syst\u00e8mes qui ne restent jamais immobiles. C&rsquo;est magnifique, n&rsquo;est-ce pas ? <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#008069;color:#008069\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<p>Dans le texte ci-dessus, j\u2019ai tent\u00e9 de montrer comment on peut construire un r\u00e9cit paysager et comment la perception peut op\u00e9rer. En me pla\u00e7ant au c\u0153ur de ce r\u00e9cit, ma propre position doit n\u00e9cessairement refl\u00e9ter la mani\u00e8re dont j\u2019ai saisi une impression de mon enfance et, avec ma famille, l\u2019ai transform\u00e9e en r\u00e9alit\u00e9, ce qui m\u2019a ensuite amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir profond\u00e9ment \u00e0 ma place dans ce paysage. <\/p>\n\n<p>Voici \u00e0 quoi ressemble concr\u00e8tement la r\u00e9flexion paysag\u00e8re int\u00e9gr\u00e9e. <em>Le <\/em><em>guide<\/em>pratique<em>de la GIP<\/em>mettra en lumi\u00e8re le type de r\u00e9flexion que vous menez d\u00e9j\u00e0 depuis quelques pages. Ce que j\u2019ai fait en r\u00e9digeant ces lignes \u2013 conduire, marcher, observer, \u00e9couter, me souvenir, lire le paysage actuel \u00e0 la lumi\u00e8re de son histoire \u2013 c\u2019est ce qu\u2019on appelle la perception. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une collecte de donn\u00e9es, mais d\u2019une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre attentif qui place les aspects biophysiques, historiques, esth\u00e9tiques, scientifiques et politiques dans un m\u00eame champ d\u2019attention. <em>Le Guide pratique de la GIP<\/em> consid\u00e8re la perception comme la pratique fondamentale sur laquelle tout le reste repose, car c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 elle que nous parvenons \u00e0 savoir \u00e0 quel type de paysage nous avons affaire.  <\/p>\n\n<p>Le paysage qui s\u2019offre \u00e0 moi lorsque je franchis la cr\u00eate a rev\u00eatu de multiples visages. Ce qui se trouve devant moi \u00e0 pr\u00e9sent est l\u2019un des ordres possibles de ce lieu \u2013 produit par des forces historiques sp\u00e9cifiques, reproduit par des pratiques contemporaines sp\u00e9cifiques, et en transition vers un autre ordre encore, alors que les plantations de th\u00e9 sont d\u00e9racin\u00e9es pour laisser place \u00e0 des lotissements ferm\u00e9s \u2013 des gens si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de s\u2019immerger dans l\u2019oc\u00e9an de verdure qu\u2019ils le d\u00e9racinent pour l\u2019obtenir. Le Playbook consid\u00e8re les paysages comme <em>des syst\u00e8mes<\/em> pouvant rev\u00eatir diff\u00e9rents \u00e9tats, et traite la gestion du paysage comme le travail consistant \u00e0 comprendre dans quel \u00e9tat vous vous trouvez, comment il s\u2019est form\u00e9, et \u00e0 quoi ressemblent les points d\u2019opportunit\u00e9 pour la transition. Au fil du temps, une constellation de facteurs s\u2019est cristallis\u00e9e en un tout qui en engendre un autre, et ainsi de suite : les paysages \u2013 tout comme le pouvoir qui d\u00e9termine leurs configurations \u2013 ne restent jamais immobiles. Ce que ce Playbook tente d\u2019expliquer, c\u2019est comment vous pouvez vous nourrir et faire intervenir votre action au sein de ce syst\u00e8me.    <\/p>\n\n<div style=\"height:43px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#ffc83e;color:#ffc83e\"\/>\n\n<div style=\"height:43px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h3>\n\n<p>Anderson, D. 2005. <em>Histoires des pendus : la guerre sale au Kenya et la fin de l&#8217;empire<\/em>. New York : W.W. 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[Th\u00e8se de doctorat] Londres : SOAS, Universit\u00e9 de Londres. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.25501\/SOAS.00028797\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/doi.org\/10.25501\/SOAS.00028797<\/a>.  <\/p>\n\n<p>Kenyatta, J. 1938. <em>Face au mont Kenya : la vie tribale des Gikuyu<\/em>. Londres : Secker &amp; Warburg. <\/p>\n\n<p>Kelley J., 2006. <em>Le projet des Trois Gorges : peintures de Liu Xiaodong<\/em>. San Francisco : Asian Art Museum. <\/p>\n\n<p>Fanon, F. 1963. <em>Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em>. Trad. Richard Philcox. New York : Grove Press.   <\/p>\n\n<p>Lamb, V. 2014. \u00c9cologies du pouvoir et de la r\u00e9sistance : construction du savoir, des fronti\u00e8res et de la gouvernance environnementale le long de la rivi\u00e8re Salween, en Tha\u00eflande. [Th\u00e8se de doctorat] Toronto : Universit\u00e9 York.   https:\/\/yorkspace.library.yorku.ca\/bitstreams\/e0058b34-70bc-46cf-ab6b-ea5d1d149314\/download.<\/p>\n\n<p>Middleton, C., Scott, A. et Lamb, V. 2019. \u00ab Politique hydro\u00e9lectrique et conflits sur la rivi\u00e8re Salween \u00bb. Dans Middleton et Lamb, V. (dir.), <em>*Knowing the Salween River: resource politics or a contested transboundary river*<\/em>, p. 27-48. Cham : SpringerOpen.  <\/p>\n\n<p>Muriuki G. 1974. <em>Une histoire des Kikuyu, 1500-1900<\/em>. Oxford : Oxford University Press. <\/p>\n\n<p>Leakey, L. S. B. 1977. <em>Les Kikuyu du Sud avant 1903<\/em> (3 vol.). Cambridge : Academic Press.  <\/p>\n\n<p>Rees, R. 1976. John Constable et l&rsquo;art de la g\u00e9ographie. <em>Geographical Review 66 <\/em>(1) : 59-72. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/213315\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/213315<\/a>. <\/p>\n\n<p>Rees, R. 1982. Constable, Turner et la repr\u00e9sentation de la nature au XIXe si\u00e8cle. <em>Geographical Review 72 <\/em>(3) : 253-269. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/214526\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/214526<\/a>. <\/p>\n\n<p>Von Humboldt, A. 1858 [1845]. <em>Cosmos : esquisse d&rsquo;une description physique de l&rsquo;univers<\/em>. Vol.  1. trad. E.C. Ott\u00e9. New York : Harper &amp; Brothers.  <\/p>\n\n<p>wa Thiong&rsquo;o, N. 1986. <em>D\u00e9coloniser l&rsquo;esprit<\/em>:<em>la politique de la langue dans la litt\u00e9rature africaine<\/em>. Londres : James Currey. <\/p>\n\n<p>wa Thiong&rsquo;o N., 2009.  <em>Quelque chose de bris\u00e9 et de nouveau : une renaissance africaine.<\/em>  New York : Basic CivitasBooks.<\/p>\n\n<p>Wa Thiong\u2019o N. 2025. \u00ab Enlevez-nous notre langue et nous oublierons qui nous sommes : Ng\u0169g\u0129 wa Thiong\u2019o et la langue de la conqu\u00eate \u00bb. <em>The Guardian, 12 ao\u00fbt <\/em>2025.  https:\/\/www.theguardian.com\/books\/2025\/aug\/12\/ngugi-wa-thiongo-aminatta-forna-decolonisation-language-conquest.<\/p>\n\n<p>Werner H., 2014. \u00ab Rivi\u00e8res, barrages et paysages : une confrontation avec la modernit\u00e9 sur des terrains contest\u00e9s \u00bb. Dans M. N\u00fcsser (dir.), <em>*Les grands barrages en Asie : des environnements contest\u00e9s entre paysages hydrauliques technologiques et r\u00e9sistance sociale*<\/em>, pp. 125-147. Dordrecht : Springer.   <\/p>\n\n<p>Wily L. 1999. Aller de l\u2019avant dans la foresterie communautaire africaine : \u00e9changer le pouvoir, pas les droits d\u2019usage. <em>Society &amp; Natural Resources 12 <\/em>(1) : 49-61. https:\/\/doi.org\/ 10.1080\/089419299279885. <\/p>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-text-color has-alpha-channel-opacity has-background\" style=\"background-color:#ffc83e;color:#ffc83e\"\/>\n\n<div style=\"height:39px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Remarques<\/h3>\n\n<p><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\">1<\/a> Cohen et Odhiambo, 1989.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref2\" id=\"_edn2\">2 Aujourd&rsquo;hui <\/a>, Tigoni est une petite commune situ\u00e9e dans le district de Tigoni-Ngecha, qui fait partie de la circonscription de Limuru, elle-m\u00eame rattach\u00e9e au comt\u00e9 de Kiambu.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref3\" id=\"_edn3\">3<\/a> Rees, 1976, 1982.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref4\" id=\"_edn4\">4<\/a> Barrell, 1980.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref5\" id=\"_edn5\">5<\/a> Voir, par exemple, Lamb (2014) ou Middleton et al., 2019.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref6\" id=\"_edn6\">6<\/a> Werner, 2014.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref7\" id=\"_edn7\">7<\/a> septembre 2006.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref8\" id=\"_edn8\">8<\/a> Kelley, 2006.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref9\" id=\"_edn9\">9<\/a> Blackmore et al., 2022.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref10\" id=\"_edn10\">10<\/a> https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=1wMdnCx6eUc<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref11\" id=\"_edn11\">11<\/a> https:\/\/www.fairtrade.org.uk\/media-centre\/news\/fairtrade-statement-on-bbc-one-panoramas-sex-for-work-broadcast\/<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref12\" id=\"_edn12\">12<\/a> Von Humboldt, 1858 (1845).<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref13\" id=\"_edn13\">13<\/a> Wily, 1999.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref14\" id=\"_edn14\">14<\/a> Demossier, 2011.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref15\" id=\"_edn15\">15<\/a> https:\/\/www.oiv.int\/en\/technical-standards-and-documents\/resolutions-of-the-oiv\/viticulture-resolutions.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref16\" id=\"_edn16\">16<\/a> Voir, par exemple, Muriuki, 1977 ; Leakey, 1977 ; Kenyatta, 1938.<\/p>\n\n<p>le <a href=\"#_ednref17\" id=\"_edn17\">17<\/a> karangi 2005.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref18\" id=\"_edn18\">18<\/a> https:\/\/nation.africa\/kenya\/counties\/kiambu\/the-historic-mugumo-tree-that-marked-the-end-of-british-rule&#8211;237454<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref19\" id=\"_edn19\">19<\/a> Anderson, 2005.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref20\" id=\"_edn20\">20<\/a> Henderson et Goodhart, 1958.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref21\" id=\"_edn21\">21<\/a> Henderson et Goodhart, 1958.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref22\" id=\"_edn22\">22<\/a> Wa Thiong&rsquo;o, 1986, 2009.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref23\" id=\"_edn23\">23<\/a> Fanon, 1963.<\/p>\n\n<p><a href=\"#_ednref24\" id=\"_edn24\">24<\/a> Introduction d\u2019Aminatta Forna \u00e0 l\u2019article de Ng\u0169i Thiong\u2019o paru dans <em>The Guardian, 2025<\/em>: https:\/\/www.theguardian.com\/books\/2025\/aug\/12\/ngugi-wa-thiongo-aminatta-forna-decolonisation-language-conquest Introduction d\u2019Aminatta Forna \u00e0 <em>l\u2019article <\/em>de wa Thiong\u2019o publi\u00e9 dans <em>The Guardian <\/em>, 2025.<\/p>\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le terme \u00ab paysage \u00bb ne fait pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la configuration physique du terrain. 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